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Sénégal-Gambie : Booster les échanges commerciaux pour s’adapter à la ZLECAF

Par Boubacar GASSAMA

En dépit d’une progression constante au cours des cinq dernières années, les échanges commerciaux entre le Sénégal et la Gambie restent largement en deçà de leurs potentialités. Une situation que les deux pays tentent de corriger sous la houlette de leurs secteurs privés respectifs.

Les relations économiques et commerciales entre le Sénégal et la Gambie ne sont pas à la hauteur de leurs liens politiques, diplomatiques et culturels. Bien qu’en constante évolution ces cinq dernières années, elles demeurent largement inférieures à ce qu’elles devraient être. En 2023, les échanges commerciaux entre les deux voisins s’élevaient à environ 120 milliards de FCFA. La Gambie est passée d’un à six milliards de FCFA, tandis que les exportations sénégalaises vers ce pays ont progressé de 44 à 100 milliards de FCFA.

Cette situation, peu favorable aux économies des deux pays, constitue un sujet de préoccupation pour leurs secteurs privés. À cet effet, l’Union des prestataires, des industriels et des commerçants du Sénégal (UPIC) a convié son homologue gambien à une rencontre, le jeudi 30 janvier 2025 à Dakar, deux mois après la cinquième session de la Commission consultative pour le suivi de la coopération entre la Gambie et le Sénégal, tenue en décembre 2024 à Banjul.

Lors de cette rencontre, les deux parties ont échangé sur les mécanismes de coopération à envisager en vue de la levée des barrières tarifaires et non tarifaires. L’UPIC, par la voix de son président, M. Amadou Seck, a appelé les autorités des deux pays à concrétiser leur volonté d’assouplir, voire de supprimer, les barrières non tarifaires jugées inutiles.

Elles devront également harmoniser les règles techniques liées au commerce et promouvoir les investissements ainsi que les échanges bilatéraux.

M. Farimang Saho, président de l’Association des fabricants de Gambie, a quant à lui mis l’accent sur le rôle central que le secteur privé doit jouer dans cette dynamique.

Il a exhorté les différents acteurs à un engagement commun afin de renforcer le commerce et l’industrialisation des deux pays.

Makhtar Lakh, ancien secrétaire général du ministère du Commerce et des PME du Sénégal, estime que des efforts de redynamisation des exportations, de part et d’autre, restent nécessaires pour favoriser le développement des populations et des milieux d’affaires.

Dans le contexte de la ZLECAf, les marchés locaux devront se préparer à l’arrivée des produits sud-africains, égyptiens, marocains et d’autres pays industrialisés, qui risquent d’inonder les rayons et les étals des commerces en Gambie, au Sénégal et dans toute la CEDEAO.

Dans ce cadre, de nombreux spécialistes déconseillent une approche protectionniste visant à contenir les importations. Selon eux, l’heure est à l’unité, à la consolidation d’industries fortes et au développement de joint-ventures pour faire face aux défis et tirer parti des opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine.

Des progrès notables dans la coopération

Sur le plan de la coopération, la Gambie et le Sénégal peuvent se réjouir des avancées notables réalisées, notamment avec la mise en place presque achevée du groupe de travail pour l’opérationnalisation du Système de transit informatique (Symart).

Cet instrument vise à établir une interconnexion entre leurs administrations douanières respectives afin de faciliter le transit routier. À ce titre, une réunion est prévue en mars 2025.

Parmi les autres avancées, figure l’harmonisation des procédures et la reconnaissance mutuelle des documents de transit. À ce sujet, M. Lakh a précisé que le Sénégal, après avoir élevé les postes frontaliers de Séléti et Sénoba au rang de bureaux de plein exercice, permet désormais d’effectuer les déclarations de transit directement aux frontières. Les escortes s’opèrent sans interruption, sauf en cas d’indices justifiant un contrôle.

Le Sénégal envisage également d’adopter le carnet IRST avec suivi électronique, à l’instar des autorités douanières gambiennes. Par ailleurs, la durée de validité du laissez-passer pour les véhicules gambiens au Sénégal a été prolongée de dix à trente jours.

Des inquiétudes persistantes

Bien que l’engagement des autorités des deux côtés de la frontière à faciliter les échanges soit manifeste, des points de blocage subsistent et continuent d’entraver l’accès au marché pour certains produits.

Du côté sénégalais, les restrictions concernent notamment le ciment et les produits de la mer. Pour la Gambie, elles touchent l’eau, les produits laitiers et l’anacarde. Concernant ce dernier produit, le Sénégal a entamé une réflexion sur la création d’une zone spéciale avec la Guinée-Bissau et la Gambie, afin de transformer l’anacarde localement, de créer des emplois et de générer davantage de valeur ajoutée. Il convient de souligner que, malgré son importance économique, ce produit est actuellement exporté à près de 100 %.

Les acteurs économiques sénégalais et gambiens s’accordent sur la nécessité de renforcer la reconnaissance des documents commerciaux, notamment le certificat d’origine de la CEDEAO et la valeur inscrite sur les factures.

Ils dénoncent également les délais excessifs de vérification des certificats et l’instauration injustifiée de certaines mesures tarifaires appliquées à certains produits.

Il est à noter que, sur ces aspects, les deux pays ne sont pas en conformité avec les dispositions communautaires.

Pour inverser cette tendance, les acteurs économiques considèrent que le salut doit venir du secteur privé des deux pays.

« Le moment est venu d’avoir un agenda commun pour voir, autour des pôles de développement économique, comment construire une industrie sénégambienne et conquérir ensemble de nouveaux marchés. »

Le monde des affaires est également invité à élaborer des politiques communes. Dans cette perspective, le Sénégal et la Gambie envisagent d’organiser des journées nationales dédiées aux relations économiques entre les deux pays.

Le secteur privé est appelé à s’inscrire dans cette dynamique et à proposer aux autorités des stratégies concrètes visant à renforcer les échanges commerciaux.

L’espoir est permis, d’autant plus que le Sénégal vient d’adopter l’Agenda de transformation « Sénégal 2050 », qui fait de l’intégration africaine l’un de ses piliers stratégiques.