Le miroir du développement de l'Afrique !

Éthiopie : Un marché de l’emploi concentré qui freine la diversification économique

Alors que l’Éthiopie multiplie les initiatives pour diversifier son économie, son marché du travail demeure fortement concentré autour de quelques secteurs clés. Cette configuration limite les perspectives pour une large partie de la population active et révèle des déséquilibres structurels persistants.

Par Kevin da SILVA

Addis-Abeba, capitale de l'Ethiopie

Un rapport publié fin 2025 par le ministère du Travail et des Compétences met en évidence cette réalité. Le marché de l’emploi formel repose essentiellement sur trois piliers : les affaires, la finance et l’ingénierie. Les données issues des agrégateurs d’emploi en ligne montrent une concentration marquée des offres. Le secteur des affaires arrive en tête avec 46 541 postes, suivi par la finance qui totalise 26 477 opportunités. L’ingénierie complète ce trio avec 22 781 postes.

À eux seuls, ces trois domaines cumulent 95 799 offres, soit plus de 51 % des opportunités recensées sur l’année 2025. Cette domination reflète les priorités économiques portées par Addis-Abeba, notamment le développement des services, l’expansion du secteur bancaire et les investissements dans les infrastructures et l’industrie. Ces données ne couvrent toutefois que le secteur formel et laissent de côté l’économie informelle, qui reste prépondérante dans le pays. Elles permettent néanmoins de dégager des tendances claires sur la structuration du marché du travail.

Des dynamiques contrastées dans les autres secteurs

En parallèle, certains secteurs affichent des caractéristiques différentes. Les emplois peu et moyennement qualifiés présentent un volume important de postes par annonce, avec près de 19 000 postes pour un peu plus de 6 600 offres. Le transport et la logistique suivent une logique similaire, avec près de 16 000 postes pour un peu plus de 4 000 annonces. Cette situation traduit une concentration du recrutement entre les mains de grands opérateurs qui embauchent massivement tout en publiant relativement peu d’offres sur les plateformes numériques. Ces tendances interviennent dans un contexte économique paradoxal. Malgré une croissance annuelle moyenne proche de 10 % depuis 2005, Éthiopie peine à générer suffisamment d’emplois de qualité pour absorber une population estimée à 120 millions d’habitants. Selon International Growth Centre, le marché du travail, notamment dans la capitale Addis-Abeba, reste marqué par un chômage élevé, du sous-emploi et des niveaux de revenus faibles. Cette situation met en évidence une croissance encore insuffisamment inclusive.

Au cœur de ces déséquilibres se trouve une inadéquation persistante entre les compétences disponibles et les besoins du marché. Une large majorité des candidats dispose d’un niveau universitaire, alors que les employeurs recherchent souvent des profils techniques ou issus de la formation professionnelle. Ce décalage fragilise particulièrement les jeunes diplômés, souvent surqualifiés pour certains postes mais insuffisamment préparés aux exigences pratiques du marché. À l’inverse, les métiers techniques souffrent d’un déficit de main-d’œuvre qualifiée. Une étude publiée en 2024 sur la plateforme de Taylor & Francis souligne l’ampleur du phénomène. Le chômage des jeunes en milieu urbain a atteint 23,1 % en 2021, enregistrant une forte progression par rapport à 2013.

La concentration des opportunités dans un nombre limité de secteurs réduit les débouchés pour de nombreux profils et accentue les tensions sur le marché du travail. Sans ces ajustements, la dynamique de croissance risque de continuer à produire des effets limités sur l’emploi, freinant ainsi son impact sur le développement économique et social du pays.