Coopération Sénégal–Türkiye : Une ambition commune de porter les échanges à 1 milliard de dollars
Le renforcement des relations économiques entre le Sénégal et la Türkiye a été au cœur d’un forum d’affaires organisé dans le cadre de la 6ᵉ session de la Commission économique mixte entre les deux pays. Cette rencontre, tenue le vendredi 10 avril 2026 à Dakar, a réuni autorités publiques, investisseurs et acteurs du secteur privé, mettant en lumière les ambitions industrielles du Sénégal et les opportunités de partenariat avec les entreprises turques.
Par Bacary DABO
Le ministre du Commerce, Serigne Guèye Diop, dans son allocation d’ouverture, a insisté sur le tournant stratégique que représente l’industrialisation pour l’économie sénégalaise. Le pays ambitionne de développer une base industrielle solide, fondée sur la transformation locale, la création d’emplois durables et l’attraction d’investissements étrangers.
Au cœur de cette vision figure la mise en place d’un vaste réseau de plateformes industrielles. Le gouvernement prévoit la création de 45 zones industrielles et d’une quinzaine de zones agro-industrielles au cours des dix prochaines années. Une montée en puissance significative, comparée aux infrastructures existantes, inspirée notamment du modèle turc, qui compte plusieurs centaines de zones industrielles.
« Sans industrie, il n’y a pas de développement », a martelé le ministre, soulignant le lien direct entre industrialisation, emploi et réduction de l’émigration des jeunes.
Pour soutenir cette dynamique, le Sénégal a engagé d’importantes réformes visant à améliorer le climat des affaires. Le nouveau code des investissements, jugé parmi les plus attractifs en Afrique de l’Ouest, prévoit des incitations fiscales renforcées, notamment une réduction de la TVA et des mécanismes de remboursement plus efficaces.
Parallèlement, des réformes des codes des impôts et des douanes ont été entreprises afin de lever les contraintes administratives et de faciliter l’implantation des investisseurs.
Autre innovation majeure, la diversification des modèles de gestion des zones industrielles. À côté des zones publiques, le Sénégal mise désormais sur des partenariats public-privé (PPP) et des zones privées, inspirés des pratiques turques, afin d’améliorer l’efficacité et la gouvernance.
Des atouts logistiques et énergétiques renforcés
Le Sénégal met également en avant sa position géographique stratégique et ses infrastructures en développement. Plusieurs projets portuaires d’envergure sont en cours, dont le port de Ndayane, appelé à devenir un hub majeur en Afrique de l’Ouest, ainsi que de nouveaux ports régionaux.
Sur le plan énergétique, l’entrée récente du pays dans le cercle des producteurs de pétrole et de gaz constitue un levier déterminant. Les projets gaziers, notamment celui de Yakaar-Teranga, devraient permettre d’accroître significativement la capacité énergétique nationale et de soutenir l’industrialisation.
Du côté du secteur privé, le président de la Chambre de commerce de Dakar a souligné la complémentarité entre les deux économies. Le Sénégal offre un environnement stable, une main-d’œuvre jeune et dynamique, ainsi qu’un accès à un marché régional en expansion, notamment grâce à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
La Türkiye, pour sa part, apporte une expertise reconnue dans des secteurs clés tels que les infrastructures, l’industrie manufacturière, l’agro-industrie et l’énergie.
« Au-delà des échanges commerciaux, c’est une véritable alliance économique que nous devons bâtir », a affirmé M. Abdoulaye Sow, appelant à la concrétisation de projets structurants et à la multiplication des partenariats entre entreprises des deux pays.
Parmi les pistes évoquées figurent le lancement rapide de projets pilotes dans des secteurs prioritaires comme le textile et les équipements mécaniques, la mise en place de guichets uniques pour les investisseurs, ainsi que le renforcement des mécanismes de financement et de transfert de technologie.
La formation professionnelle et le développement des compétences constituent également un axe central de la coopération, avec une valorisation des échanges académiques et techniques entre les deux pays.
Vers une nouvelle phase du partenariat
Ce forum d’affaires apparaît ainsi comme un catalyseur d’une coopération économique renouvelée entre le Sénégal et la Türkiye. Dans un contexte de transformation structurelle de l’économie sénégalaise, les autorités entendent capitaliser sur ce partenariat pour accélérer l’industrialisation, renforcer la compétitivité et favoriser un développement territorial plus équilibré.
À terme, l’enjeu est de faire du Sénégal un hub industriel et logistique de référence en Afrique de l’Ouest, en s’appuyant sur des alliances stratégiques et des investissements à forte valeur ajoutée.