Le miroir du développement de l'Afrique !

Association GBÔBETO : La richesse au bout des déchets !

Par Ronie Floride AGAMMA

Fondée dans la ville de Porto-Novo, capitale du Bénin, l’association béninoise Gbobètô a fait de la valorisation des déchets son activité phare.

Cinq ans après sa création, l’association Gbobètô se concentre sur des projets liés aux déchets solides, contribuant non seulement à leur réduction et à la propreté de la ville, mais également à la création de richesse grâce à leur collecte. Avec ses partenaires, Gbobètô a développé des filières inclusives et durables de valorisation des déchets et rebuts, tout en misant sur des projets sociaux tels que l’insertion socio-professionnelle pérenne des acteurs du secteur et la sensibilisation des populations aux éco-gestes.

Faire des déchets ménagers une source de revenus pour les populations locales de Porto-Novo est, pour elle, un défi quotidien. Dans ce cadre, l’association, fondée en octobre 2018 en France par la Franco-Béninoise Naomi Fagla Medegan avant de s’implanter en octobre 2019 au Bénin, met en œuvre le Projet Énergie verte.

La fondatrice de Gbobètô et son équipe ont mis en place un mécanisme bien structuré pour transformer les déchets collectés dans les centres de tri en un combustible dénommé « Charbon Alafia ». « On a mis en place une recette de production de combustible et, ensuite, un foyer amélioré qui permet d’utiliser ce combustible. Alors qu’avant, on était à une échelle artisanale, notre objectif actuellement est de lancer la production à une échelle mécanisée », explique l’initiatrice.

Le processus de fabrication du « Charbon Alafia » est assez simple, explique Naomi Fagla Medegan. Il permet, à terme, de préserver l’environnement et de réduire la déforestation liée à la consommation de charbon de bois. Pour y parvenir, une zone de production améliorée a été installée au sein des ateliers de l’association à Porto-Novo.

Ce combustible est fabriqué à partir des débris biodégradables issus des résidus agricoles de la Vallée de l’Ouémé. L’objectif de ce premier projet lancé par Gbobètô est de mettre en place une filière de valorisation des déchets organiques en combustible écologique et de développer toute technologie permettant d’augmenter le pouvoir calorifique du « Charbon Alafia », tout en le produisant à moindre coût et à grande échelle. « On a un mélangeur qui nous sert à mélanger en grande quantité la matière. Ensuite, il va être emmené dans notre presse pour obtenir 36 briquettes, alors qu’avant, on était sur une seule avec la presse manuelle », précise la Franco-Béninoise.

Spécialiste des problématiques urbaines, cette ancienne pensionnaire de Sciences Po veut faire du « Charbon Alafia » une solution écologique de remplacement du charbon de bois, largement utilisé par les ménages au Bénin. Pour en généraliser l’utilisation, l’Association Gbobètô, avec l’aide de groupements de potières partenaires, a inventé un foyer adapté au combustible. La prochaine étape reste la certification par les autorités béninoises ainsi que la mise en place d’une unité de production à grande échelle du « Charbon Alafia », avec une capacité de 1 000 kg par jour.

Rien ne se perd !

En collectant les déchets, Gbobètô ne manque pas d’initiatives pour les valoriser et structurer un secteur longtemps resté informel. Parallèlement à son Projet Énergie verte, la jeune association a également lancé un programme dénommé Le Comptoir du Plastique. À travers cette initiative, il s’agit de créer un maillon intermédiaire entre les petits collecteurs de déchets plastiques, qui vivent au jour le jour de cette activité, et les grands industriels qui collectent plus de 40 tonnes de plastique.

Ce deuxième projet vise à valoriser les déchets plastiques de types polyéthylène haute densité (PEHD) et polypropylène (PP). À ce titre, Gbobètô nourrit l’ambition de transformer 57 tonnes de déchets récupérés en 51 tonnes de déchets valorisés, qui seront transformés dans ses ateliers en produits finis destinés au marché béninois. Ce projet devrait créer au moins cinq emplois pérennes. Un début prometteur pour une activité en plein essor, alors que plus de 450 000 tonnes de déchets solides ménagers sont produites chaque année sur une superficie de 1 200 km².

Pour accompagner le projet de modernisation de la gestion des déchets lancé en 2020 par le gouvernement béninois, Gbobètô a également initié l’Opération 2-en-1. Cette initiative s’adresse aux plus jeunes, notamment en invitant les élèves des écoles primaires de la capitale à rapporter leurs déchets de la maison à l’école. Une astuce ingénieuse pour instaurer le tri sélectif, qui a déjà permis à Gbobètô d’impacter trois communes, de toucher plus de 10 000 écoliers et de récupérer 1,5 tonne de déchets plastiques.

Perspectives…

Reconnue par la Société nationale de gestion des déchets (SGDS), structure créée par le gouvernement, Gbobètô ambitionne, à long terme, de créer de la valeur ajoutée pour les populations et de contribuer à une meilleure structuration du secteur, avec un accent particulier sur l’entrepreneuriat social. « On va créer une activité économique pérenne, tout un circuit depuis la récupération de la matière jusqu’à sa transformation et à la commercialisation, et générer de l’emploi tout au long de la chaîne », assure Naomi Fagla Medegan. Trois dimensions s’imbriquent, selon elle : la dimension environnementale des déchets, qui étaient auparavant très peu ou mal valorisés, voire abandonnés, mais qui entrent aujourd’hui dans une boucle », précise-t-elle.

En termes de revenus, elle se veut optimiste. Son souhait est de voir son équipe booster les activités de l’association avec le soutien de partenaires financiers. « On en a toujours besoin pour aller plus loin, même si l’idée, c’est que chacun de nos projets génère ses propres revenus grâce aux ventes réalisées », soutient Naomi. Déjà, la filière de valorisation du plastique devrait dégager des revenus. « On devrait même la moderniser en ayant des machines plus complexes, peut-être aller plus loin », projette-t-elle.

En attendant, l’association Gbobètô poursuit son développement sous la direction de la Franco-Béninoise Naomi Fagla Medegan. Sa détermination et son abnégation lui ont même valu, en octobre 2021, un prix humanitaire et social décerné par les Français de l’étranger lors d’une cérémonie au ministère des Affaires étrangères à Paris. « Notre souhait est de voir, d’ici quelques années, l’association étendre ses activités à plusieurs autres communes du Bénin et développer une expertise pour former d’autres coopératives », espère-t-elle.