Sénégal : Vers un nouveau modèle de croissance porté par le secteur privé

Le Sénégal amorce un tournant stratégique dans son modèle de développement économique. À l’occasion d’un atelier de partage avec le Collectif des journalistes économiques (Cojes), le ministère de l’Économie, du Plan et de la Coopération a ներկայացé les grandes orientations de la Stratégie nationale de développement du secteur privé et de promotion de l’investissement (SNDSPI), appelée à devenir le pilier de la transformation économique du pays.
Par Bacary DABO
Le diagnostic posé par les autorités est sans ambiguïté. Le modèle de croissance sénégalais, historiquement centré sur la dépense publique, montre aujourd’hui ses limites. Depuis l’indépendance, l’État a été le principal moteur de l’économie, avec une part des dépenses publiques passée de 15 % du PIB en 1994 à plus de 33 % en 2023.
Si cette dynamique a permis des avancées en matière d’infrastructures, elle s’accompagne désormais d’un endettement élevé, de déficits persistants et d’un effet d’éviction du financement du secteur privé. Le constat est clair : la croissance reste insuffisamment inclusive et la création de richesse demeure limitée. « Le véritable défi n’est pas seulement de croître, mais de créer de la valeur », a insisté Jouldée Soumaré, directrice du développement du secteur privé.
Malgré un tissu économique dense, le Sénégal reste marqué par une forte informalité, avec près de 97 % des entreprises évoluant en dehors du cadre formel. Cette situation limite leur accès au financement, leur capacité à se structurer et à changer d’échelle.
Le paradoxe frappant est une activité économique soutenue, mais une faible accumulation de richesse. Les chaînes de valeur demeurent incomplètes, notamment dans des secteurs clés comme l’agriculture ou la pêche, où la transformation locale reste insuffisante.
À ces contraintes s’ajoutent des facteurs structurels : coût élevé de l’énergie, accès difficile au foncier, environnement réglementaire perfectible et faible structuration des projets d’investissement.
La SNDSPI pour un changement de paradigme
Face à ces défis, la Stratégie nationale de développement du secteur privé et de promotion de l’investissement (SNDSPI) ambitionne de repositionner le secteur privé comme moteur central de la croissance. Elle s’inscrit dans la vision « Sénégal 2050 », qui vise un modèle économique souverain, inclusif et compétitif.
Le changement de paradigme est clair : passer d’un État développeur à un État stratège et facilitateur, laissant davantage de place à l’initiative privée.
Trois axes structurent cette stratégie. Il s’agit, d’abord, de renforcer la compétitivité des pôles territoriaux en misant sur des « entités remarquables » capables de tirer les chaînes de valeur locales. Ensuite, d’améliorer l’environnement des affaires, notamment par la réduction des coûts de production et la réforme des cadres juridiques. Enfin, de soutenir les entreprises via un meilleur accès au financement et une rationalisation des structures d’appui.
L’une des innovations majeures de la stratégie réside dans son approche territoriale. Chaque région est appelée à devenir un pôle économique structuré, fondé sur ses propres filières et avantages comparatifs.
L’objectif est d’identifier et d’accompagner des entreprises locomotives – à l’image de certaines initiatives agro-industrielles – capables d’entraîner tout un écosystème local. « Cette approche vise à corriger les déséquilibres territoriaux, la richesse étant aujourd’hui fortement concentrée à Dakar », a souligné Mme Jouldée Soumaré, directrice du développement du secteur privé au ministère de l’Économie, du Plan et de la Coopération.
Lever les freins à l’investissement privé
La stratégie met également l’accent sur la nécessité de bâtir un véritable pipeline de projets structurés et finançables. L’enjeu n’est plus seulement d’attirer des capitaux, mais de proposer des projets bien préparés et dérisqués.
Des initiatives concrètes sont déjà en cours, notamment dans les secteurs du textile, de l’aménagement urbain et des infrastructures commerciales, avec une logique de clusters industriels et de modernisation des espaces économiques.
Au-delà de sa conception, la réussite de la SNDSPI dépendra de sa mise en œuvre effective. Les autorités insistent sur la nécessité de passer d’une logique de diagnostic à une logique d’action, en renforçant la coordination des politiques publiques et le dialogue avec le secteur privé.
« Le Sénégal ne manque ni de ressources ni de potentiel. Le véritable enjeu est la transformation », a rappelé Mouhamadou Bamba Diop, secrétaire général du ministère de l’Économie, du Plan et de la Coopération.
Dans cette dynamique, les journalistes économiques sont appelés à jouer un rôle clé pour vulgariser les réformes, renforcer la transparence et nourrir le débat public.