Sénégal : La société civile plaide pour une réforme des codes extractifs alignée sur les impératifs climatiques

La coalition « Publiez Ce Que Vous Payez » (PCQVP Sénégal), avec l’appui du Natural Resource Governance Institute (NRGI), appelle à une réforme en profondeur des codes extractifs afin d’y intégrer pleinement les exigences climatiques, en particulier la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Cet appel a été lancé lors d’une conférence de presse tenue le vendredi 10 avril 2026 à Dakar.
Par Bacary DABO
Au Sénégal, le démarrage des projets pétroliers et gaziers, notamment Sangomar et Grand Tortue Ahmeyim (GTA), marque un tournant stratégique pour l’économie nationale. Cette entrée dans le cercle des pays producteurs intervient toutefois dans un contexte international dominé par l’urgence climatique et les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris.
Pour la coalition Publiez ce que vous payez (PCQVP Sénégal), le défi consiste à concilier exploitation des ressources naturelles et respect des engagements climatiques du pays, notamment sa Contribution déterminée au niveau national (CDN). Une équation complexe, mais incontournable pour garantir un développement durable et crédible à l’échelle internationale.
Le méthane, angle mort de la régulation
Au cœur des préoccupations de la coalition figure la question des émissions de méthane, un gaz à effet de serre particulièrement nocif et encore insuffisamment encadré au Sénégal. Dans le secteur extractif, ces émissions proviennent principalement des fuites d’infrastructures, du torchage (flaring), du dégazage (venting), ainsi que des opérations de production et de transport.
Selon la société civile, le cadre juridique actuel présente des lacunes importantes, notamment l’absence d’obligations strictes en matière de mesure et de reporting, le manque de transparence des données environnementales, des dispositifs de contrôle jugés insuffisants, ainsi que l’absence de normes claires pour limiter les émissions.
La révision en cours des codes extractifs par les autorités sénégalaises est perçue comme une opportunité majeure pour corriger ces insuffisances. Toutefois, la PCQVP insiste sur la nécessité d’un processus plus inclusif et plus ambitieux.
À l’issue de consultations menées avec diverses parties prenantes – institutions publiques, communautés locales et organisations de la société civile – plusieurs préoccupations ont été soulevées, a indiqué Pape Fara Diallo, président de la coalition. Elles portent notamment sur la participation effective des populations locales, en particulier des femmes, des jeunes et des personnes en situation de handicap, ainsi que sur la prise en compte des enjeux environnementaux dans les décisions stratégiques.
Recommandations pour une gouvernance durable
Pour renforcer la gouvernance du secteur extractif, la coalition formule une série de recommandations concrètes. Parmi celles-ci figurent l’instauration de mécanismes obligatoires de mesure, de reporting et de vérification (MRV) des émissions de gaz à effet de serre, l’encadrement strict du torchage et du dégazage, ainsi qu’une transparence accrue des données environnementales.
La PCQVP plaide également pour un renforcement des mécanismes de contrôle et de sanction, ainsi qu’une meilleure inclusion des communautés locales dans les processus décisionnels. L’objectif est d’assurer une gestion plus équitable et durable des ressources naturelles.
Au-delà du plaidoyer national, la coalition interpelle les autorités sénégalaises et les partenaires techniques et financiers. Elle les invite à soutenir une réforme des codes extractifs à la fois inclusive, transparente et compatible avec une trajectoire de développement bas carbone.
Dans un contexte où les ressources pétrolières et gazières sont appelées à jouer un rôle clé dans la transformation économique du pays, la capacité du Sénégal à intégrer les enjeux climatiques dans sa gouvernance extractive pourrait devenir un indicateur déterminant de sa crédibilité et de sa durabilité à long terme.