Sénégal : L’IFAIS déploie un dispositif de finance islamique pour 13 000 artisans

L’Initiative pour la finance et l’assurance inclusive au Sénégal (IFAIS) a officiellement lancé son dispositif de financement et de microassurance dédié aux artisans, avec déjà plus de 13 000 membres enrôlés à travers le pays. La cérémonie s’est tenue ce samedi 21 février 2026 à la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture (CCIAD) de Dakar.
Par Bacary DABO
Portée par sa présidente, Maïmouna Dieng, l’initiative ambitionne de corriger une faille structurelle du tissu économique national : l’exclusion financière persistante des acteurs de l’économie informelle, notamment des artisans. Dès ses débuts, l’IFAIS a suscité un réel engouement. Elle propose un modèle conforme aux principes de la finance islamique, fondé sur un financement sans intérêts et intégrant un mécanisme de microassurance. L’objectif est d’offrir aux artisans un accès au capital sans les exposer au surendettement ni aux coûts prohibitifs du crédit classique.
« L’artisan ne reçoit pas seulement un financement. Il bénéficie d’un accompagnement responsable, protège son activité et sécurise son avenir », a expliqué Maïmouna Dieng lors de la cérémonie de lancement.
Le dispositif comprend également une couverture assurantielle développée en partenariat avec la compagnie Assurances La Providence, afin de prémunir les bénéficiaires contre les principaux risques susceptibles d’affecter leur activité, tels que les sinistres, les pertes d’exploitation ou les imprévus majeurs.
Dynamique de modernisation du secteur artisanal
Au-delà du financement, l’IFAIS s’inscrit dans une dynamique plus large de modernisation du secteur artisanal. Le programme bénéficie de l’appui de FORCE-N Sénégal (Formations ouvertes pour le renforcement des compétences pour l’emploi et l’entrepreneuriat dans le numérique), porté par l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane (UN-CHK) en partenariat avec la Fondation Mastercard. Selon les responsables de FORCE-N, près de 7 000 acteurs économiques de proximité ont déjà été formés, dépassant l’objectif initial de 5 000 bénéficiaires. Les formations portent notamment sur l’amélioration de la relation client (en français et en wolof), l’utilisation d’outils numériques comme WhatsApp Business et Google Maps, ainsi que l’adoption des paiements mobiles afin de renforcer la gestion et la traçabilité des ventes. L’ambition affichée est de renforcer la compétitivité de l’économie informelle en l’arrimant aux standards numériques actuels.
Présent à la cérémonie, Souleymane Kane, directeur de l’Apprentissage au ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle, a salué une initiative « en phase avec les exigences de mutation du monde artisanal ». Il a rappelé l’engagement de l’État à accompagner les 13 000 adhérents de l’IFAIS, mais aussi l’ensemble des maîtres d’apprentissage et des organisations professionnelles artisanales, dans une logique de professionnalisation et d’alignement sur les standards internationaux. « Le monde informel a besoin d’une mutation. La formation est le premier levier », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité d’adapter les compétences aux réalités économiques de 2026.
Un levier stratégique pour l’économie locale
Au Sénégal, l’artisanat constitue un pilier majeur de l’économie locale, tant en matière d’emplois que de création de valeur. Menuisiers, mécaniciens, tailleurs, coiffeurs, transformateurs ou forgerons forment une force productive souvent sous-financée, mais essentielle à la résilience sociale. En structurant l’accès au financement, en intégrant une composante assurantielle et en misant sur la formation numérique, l’IFAIS propose un modèle hybride combinant inclusion financière, protection sociale et modernisation des pratiques. À terme, ses promoteurs espèrent l’intégration du dispositif dans les politiques nationales de promotion de l’artisanat et de l’entrepreneuriat, afin d’en faire un outil structurant au service de la souveraineté économique.
Dans un contexte marqué par la recherche de modèles financiers alternatifs et éthiques, l’IFAIS pourrait ainsi devenir un laboratoire sénégalais de finance inclusive, adapté aux réalités du terrain.