Agriculture en Afrique : La BAD finance pour 16 millions de dollars la phase III du programme TAAT

La Banque africaine de développement (BAD) et l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA) ont signé à Abuja un accord de don de 16,61 millions de dollars pour lancer la troisième phase du programme Technologies pour la transformation de l’agriculture africaine. Objectif : déployer à grande échelle des innovations agricoles résilientes au climat et renforcer durablement les systèmes semenciers sur le continent.
Par Jesdias LIKPETE
La modernisation de l’agriculture africaine franchit une nouvelle étape. Mercredi 18 février 2026, à Abuja, la Banque africaine de développement et l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA) ont officialisé un don de 16,61 millions de dollars pour mettre en œuvre la phase III du programme Technologies pour la transformation de l’agriculture africaine, plus connu sous l’acronyme TAAT.
Financé par le Fonds africain de développement, le guichet concessionnel du Groupe de la Banque, ce nouveau cycle vise à accélérer la production alimentaire résiliente au climat. Il s’appuie sur un principe simple : diffuser à grande échelle des technologies agricoles déjà éprouvées, renforcer les systèmes de semences certifiées et structurer les partenariats entre instituts de recherche, États et acteurs privés.
Lancé en 2018, TAAT s’est progressivement imposé comme l’une des principales plateformes d’innovation agricole du continent. Le programme a déjà touché près de 25 millions d’agriculteurs et permis l’adoption de pratiques résilientes au climat sur plus de 35 millions d’hectares. En collaboration avec le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale et des partenaires nationaux et régionaux, l’initiative a contribué à des hausses de rendements pouvant atteindre 69 %, générant plusieurs milliards de dollars de valeur agricole supplémentaire. Des pays comme le Soudan, l’Éthiopie, la Zambie, le Zimbabwe et le Nigeria ont enregistré des gains significatifs en productivité et en résilience.
Accélérer la diffusion des innovations
Au Nigeria, notamment dans le cadre du Wheat Compact, les agriculteurs ayant adopté des variétés de blé améliorées et résistantes à la chaleur ont vu leurs rendements passer de 1,7 tonne à 3,5 tonnes par hectare. Les évaluations des systèmes semenciers menées par le programme ont également servi de base à des réformes destinées à élargir l’accès à des semences certifiées adaptées aux conditions climatiques.
Pour la Banque africaine de développement, l’enjeu est désormais d’accélérer le rythme. « TAAT-III souligne l’engagement de la Banque africaine de développement à veiller à ce que les technologies agricoles éprouvées et résilientes au climat atteignent les agriculteurs plus rapidement et à plus grande échelle. Cette phase renforce les systèmes de diffusion de l’innovation, aidant les pays à stimuler la productivité, à renforcer la résilience et à aligner les efforts de transformation de l’agriculture sur les Quatre points cardinaux, les quatre nouveaux axes prioritaires de la Banque. », a déclaré Abdul Kamara, directeur général du Groupe de la Banque pour le Nigeria.
Cette troisième phase entend consolider les acquis tout en introduisant un modèle d’exécution davantage orienté vers le secteur privé. Elle prévoit de renforcer les circuits de distribution de semences et de technologies, d’approfondir les partenariats avec les gouvernements et les entreprises agro-industrielles, et de déployer des outils numériques tels que des catalogues électroniques de technologies et des plateformes de suivi en temps réel.
Pour l’IITA, il s’agit d’amplifier un mouvement déjà engagé. « TAAT-III nous permet d’intensifier la fourniture de solutions fondées sur la science qui améliorent les rendements et les moyens de subsistance des agriculteurs. En collaboration avec la Banque et nos partenaires, nous mettons à l’échelle des technologies qui rendent les systèmes alimentaires de l’Afrique plus résilients et plus compétitifs », a fait remarquer Simeon Ehui, directeur général de l’IITA.
Un levier pour la sécurité alimentaire
TAAT a par ailleurs joué un rôle central dans la mise en œuvre de la Facilité de production alimentaire d’urgence du Groupe de la Banque pour l’Afrique, en permettant un déploiement rapide de semences et de technologies améliorées face aux récentes perturbations mondiales. Avec TAAT-III, ces innovations doivent désormais s’inscrire dans les stratégies nationales d’investissement agricole à long terme.
La nouvelle phase devrait bénéficier à 14 millions d’agriculteurs supplémentaires dans 37 pays vulnérables et à faible revenu éligibles au Fonds africain de développement, confirmant l’ambition de faire de l’innovation technologique un levier structurant de la sécurité alimentaire et de la transformation agricole du continent.