Sénégal : la BCEAO et le CCIAD alertent sur un défaut d’encaissement de 24,2 % des exportations en 2024

Réunis le 19 novembre 2025 à Dakar, la BCEAO et la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Dakar (Cciad) ont examiné les nouvelles règles qui encadrent les relations financières extérieures. Au centre des discussions figuraient le rapatriement des recettes d’exportation, l’ouverture des comptes en devises et les obligations concernant les travailleurs expatriés. Une réforme clé pour la stabilité monétaire et la souveraineté financière de l’Union.
Par Bacary DABO
Depuis l’entrée en vigueur, le 20 décembre 2024, du « Règlement n°06/2024/CM/UEMOA », l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa) dispose d’un cadre modernisé destiné à mieux encadrer les flux financiers internationaux, renforcer la traçabilité et consolider les réserves de change, essentielles à la stabilité du franc CFA.
Dans un environnement marqué par des transformations économiques rapides, l’adaptation des normes et l’intégration des meilleures pratiques internationales devenaient indispensables, tout comme la clarification des obligations des entreprises. D’où l’intérêt de la journée de sensibilisation organisée par la CCIAD pour expliciter le nouveau règlement sur les relations financières extérieures. Pour le président de la Chambre de commerce, l’enjeu consiste à transformer une contrainte réglementaire en levier de compétitivité et de stabilité pour l’ensemble de la zone UEMOA.
« Nous évoluons aujourd’hui dans une économie mondiale caractérisée par des flux financiers rapides, massifs et souvent volatils », dixit Abdoulaye Sow. Dans ce contexte, la régulation des relations financières n’est plus une simple formalité administrative, mais un impératif stratégique.
Le nouveau règlement de l’UEMOA vise à répondre à ce défi en poursuivant un triple objectif : accroître la transparence, moderniser les procédures et renforcer l’intégration des économies de l’Union dans les échanges mondiaux, tout en protégeant le système financier régional.
Loin d’être une mesure protectionniste, cette réforme est présentée comme un instrument de crédibilisation de l’Union monétaire. Avec une meilleure traçabilité et une gestion plus rigoureuse des flux de capitaux, la BCEAO souhaite renforcer la stabilité macroéconomique de la zone, facteur déterminant pour attirer les investissements directs étrangers et sécuriser les partenaires commerciaux.
Le directeur de l’agence nationale de la BCEAO, Jean François Sène, souligne que le défaut d’encaissement des recettes d’exportation conduit à une rareté des ressources disponibles pour financer l’économie. Selon la BCEAO, dont la mission va au-delà de la politique monétaire, mais couvre également la gestion des réserves officielles de change, la supervision des systèmes de paiement et la garantie de la convertibilité de la monnaie, les données 2024 révèlent une dynamique contrastée. Les exportations hors UEMOA ont progressé de 30,5 %, portées par le pétrole de Sangomar et l’or non monétaire.

Pourtant, malgré un taux de domiciliation de 93,6 % et un taux d’encaissement en hausse (87,7 %), le défaut d’encaissement représente encore 24,2 % des exportations, soit l’équivalent de 3,5 % du PIB en 2024, indique l’institut d’émission.
Pour la BCEAO, ces manquements fragilisent directement le niveau des réserves de change, le paiement des importations stratégiques, la capacité de l’Union à honorer sa dette extérieure et, en fin de chaîne, la stabilité monétaire. Elle a ainsi rappelé que ces comptes ne doivent servir ni au rapatriement des recettes d’exportation, ni à la gestion du risque de change par cantonnement, ni au règlement d’opérations courantes. Leur validité reste limitée à un an renouvelable.
Au terme des échanges, les recommandations adressées au patronat tiennent en trois mots : conformité, discipline et vigilance. Pour améliorer les performances nationales, la BCEAO invite les entreprises sénégalaises à encaisser leurs revenus d’exportation dans des banques locales et dans les délais, à régulariser les défauts d’encaissement et à fermer les comptes en devises ouverts à l’étranger sans autorisation.
Une réforme au service de la souveraineté monétaire se dessine ainsi. En renforçant la discipline financière, la BCEAO entend protéger la stabilité du franc CFA, garantir les réserves communes et soutenir les économies de l’Union dans un contexte mondial incertain.
Pour les entreprises, cette réforme implique davantage de rigueur mais apporte aussi plus de visibilité ainsi qu’un cadre modernisé, aligné sur les standards internationaux.