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Flux financiers illicites : L’Afrique perd 50 000 milliards de F CFA par an

Le Sénégal intensifie son dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT), en plaçant les médias au cœur de sa stratégie de sensibilisation. À l’occasion du lancement simultané, à Dakar et Abuja, des activités de formation des journalistes pilotées par le GIABA, les autorités ont insisté sur l’importance d’un traitement rigoureux de l’information face à un phénomène aux conséquences économiques majeures.

Par Bacary DABO

Formation des journalistes du Sénégal sur les flux financiers illicites

Un coût économique massif pour l’Afrique : c’est ce que révèle l’ampleur du défi que représente la croisade contre les flux financiers illicites (FFI). Les statistiques présentées lors du lancement, le 31 mars 2026 à Dakar, des activités nationales de sensibilisation des médias sur la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT) en témoignent.

Selon les estimations actualisées évoquées par le GIABA, l’Afrique perd aujourd’hui près de 88 milliards de dollars (plus de 50 mille milliards de FCFA) par an du fait des flux financiers illicites, contre environ 50 milliards de dollars au moment de la publication du rapport du comité dirigé par Thabo Mbeki.

Timothy Melaye, responsable du Centre d’information du GIABA à Lagos et chargé de la communication et du plaidoyer par intérim, estime que ce bond de près de 76 % en quelques années illustre l’intensification des circuits financiers illégaux sur le continent, malgré les efforts réglementaires engagés par les États.Ces flux incluent notamment les produits de la corruption et de la fraude fiscale, les revenus issus des trafics illicites, ainsi que les opérations de blanchiment liées à la criminalité transnationale.

À l’échelle macroéconomique, ces pertes constituent un frein direct au financement du développement, équivalant dans certains cas à plusieurs points de PIB pour les économies africaines.

Le Sénégal consolide ses acquis réglementaires

Dans ce contexte, le Sénégal apparaît comme un cas relativement positif. Le pays est récemment sorti de la « liste grise » du GAFI, un indicateur clé de crédibilité financière internationale. Cette sortie sanctionne les progrès réalisés en matière de conformité aux normes internationales de lutte contre le blanchiment.

Alioune Niokhor Diouf, magistrat, directeur des affaires juridiques de la CENTIF et représentant de son président, souligne que le dispositif national repose notamment sur l’adoption d’une législation spécifique en matière de LBC/FT, la mise en place de la CENTIF, ainsi que la prise en compte de 21 infractions sous-jacentes identifiées comme sources potentielles de blanchiment.

Cependant, les autorités reconnaissent que ces avancées doivent être consolidées dans la durée, notamment en vue des prochaines évaluations internationales.

Sur le plan régional, le GIABA poursuit l’élargissement de son périmètre. Des États non membres de la CEDEAO, tels que São Tomé-et-Príncipe ou les Comores, participent déjà à ses travaux, tandis que les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont engagé des démarches pour y adhérer. Cette dynamique traduit une prise de conscience : la lutte contre les flux financiers illicites dépasse les frontières nationales et nécessite une coordination accrue à l’échelle ouest-africaine.

Face aux journalistes, les experts ont estimé qu’au-delà de la dimension sécuritaire, la LBC/FT constitue un enjeu économique majeur. Les flux illicites faussent la concurrence entre entreprises, réduisent les recettes fiscales des États, détériorent le climat des affaires et affaiblissent la confiance des investisseurs internationaux.

Les médias, levier stratégique de gouvernance économique

Au-delà des outils juridiques et institutionnels, l’enjeu se situe désormais sur le terrain de la perception et de la compréhension publiques. Les médias sont appelés à jouer un rôle structurant dans la diffusion d’une information économique fiable et pédagogique. « Informer sur le blanchiment de capitaux, c’est déjà contribuer à sa prévention », a souligné un représentant de la CENTIF, insistant sur le rôle des journalistes dans la vulgarisation des mécanismes financiers complexes, l’alerte sur les risques systémiques et la promotion d’une culture de transparence.

Le GIABA entend ainsi renforcer les capacités des professionnels de l’information à travers des formations régionales et des initiatives comme le programme « GIABA Media Hour », destiné à mobiliser les radios, notamment dans les zones rurales.

Dans un contexte où les économies africaines cherchent à mobiliser davantage de ressources domestiques, la réduction de ces pertes apparaît comme un levier stratégique. Récupérer ne serait-ce qu’une fraction des 88 milliards de dollars annuels perdus pourrait transformer significativement les trajectoires de croissance du continent

Le pari du Sénégal, en associant étroitement médias et institutions, est clair : faire de l’information économique un outil de régulation et de transparence au service du développement.