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La RDC regagne en crédibilité financière, mais reste sous pression sécuritaire

S&P Global Ratings

S&P Global Ratings a relevé la perspective souveraine de la République démocratique du Congo (RDC) de stable à positive, tout en maintenant sa note à B-/B. Dans une note datée du 23 janvier 2026, l’agence de notation estime que cette décision reflète des progrès budgétaires et externes notables, portés par les réformes fiscales et la vigueur du secteur minier, malgré un contexte sécuritaire toujours fragile dans l’Est du pays.

Par Bacary DABO

Une trajectoire macroéconomique plus robuste. C’est en ces termes que S&P Global Ratings résume l’évolution récente de l’économie congolaise. Selon l’agence, la RDC affiche une dynamique économique solide, avec une croissance attendue au-delà de 5 % par an sur la période 2026-2028, soutenue par l’essor de la production de cuivre et de cobalt, des minerais stratégiques pour la transition énergétique mondiale.

Depuis 2020, le PIB réel du pays a progressé de plus de 40 %, tandis que les exportations représentent désormais près de 50 % du PIB, contre 25 % en 2019. Cette performance a permis, selon S&P, un redressement progressif de la position extérieure. Les réserves de change atteignent 7,9 milliards de dollars à fin 2025, couvrant environ trois mois d’importations, contre moins d’un mois en 2021.

Parallèlement, le déficit courant devrait se réduire à 3,1 % du PIB d’ici 2028, grâce à la montée en puissance de grands projets miniers comme Kamoa-Kakula et Tenke Fungurume. Dans cette même dynamique, l’amélioration de la perspective souveraine repose également sur les avancées budgétaires engagées dans le cadre du second programme avec le FMI.

Il convient de rappeler que les autorités congolaises ont lancé, en décembre 2025, la facturation normalisée, destinée à renforcer la collecte de la TVA, tout en réduisant les exonérations fiscales et les subventions aux carburants. Pour l’agence de notation, ces mesures devraient permettre de stabiliser les recettes publiques autour de 14 à 15 % du PIB à moyen terme, contre une moyenne de 11 % au cours de la dernière décennie. L’objectif affiché est de réduire progressivement la dépendance aux revenus miniers, qui représentent encore plus de 40 % des recettes de l’État.

Une économie toujours très dépendante des mines face au risque sécuritaire

Malgré ces progrès, la structure économique demeure déséquilibrée. En 2025, selon le rapport, le secteur extractif congolais a enregistré une croissance de 10,1 %, contre seulement 3,1 % pour le reste de l’économie. Le faible développement des infrastructures, l’accès limité au financement – moins de 10 % de la population dispose d’un compte bancaire – et une électrification encore très insuffisante freinent la diversification économique.

S&P relève également une forte dépendance aux financements concessionnels. À fin 2025, près de 67 % des financements provenaient de sources multilatérales et bilatérales, principalement le FMI, la Banque mondiale et la Chine. Les autorités congolaises ambitionnent toutefois de diversifier leurs sources de financement, avec un projet d’émission d’eurobonds pouvant atteindre 750 millions de dollars dès 2026.

L’agence de notation identifie par ailleurs le risque sécuritaire comme le principal talon d’Achille de la trajectoire congolaise. Si les indicateurs macroéconomiques s’améliorent, la situation sécuritaire continue de peser lourdement sur les perspectives.

Malgré les accords de paix signés en décembre 2025, sous médiation américaine, entre la RDC et le Rwanda, les violences persistent dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les dépenses de défense et les charges exceptionnelles absorbent environ 3,4 % du PIB par an, au détriment des investissements productifs.

Pour S&P, une détérioration de la situation sécuritaire ou un relâchement des réformes pourrait entraîner un retour à une perspective stable. À l’inverse, une hausse durable des réserves, un resserrement des déficits et une diversification effective de l’économie pourraient ouvrir la voie à une amélioration de la note souveraine.

Un potentiel considérable, mais encore fragile

Avec une population estimée à 115 millions d’habitants et l’un des taux de croissance démographique les plus élevés au monde, la RDC dispose d’un potentiel économique majeur.

Pour S&P, la crédibilité financière retrouvée constitue un signal positif pour les investisseurs. Reste désormais à transformer cette embellie macroéconomique en une croissance inclusive et durable, moins dépendante des cycles des matières premières et plus résiliente face aux chocs sécuritaires.