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S&P relève la perspective de l’Ouganda à « positive »

Une des principales rues de Kampala (Ouganda)

Dans une note publiée vendredi 7 novembre 2025, l’agence de notation S&P Global Ratings a relevé la perspective de la dette souveraine de l’Ouganda, passée de « stable » à « positive ». Tout en confirmant la note à long et court termes à B-/B, l’agence estime que cette révision traduit une confiance accrue dans la trajectoire économique du pays, portée par une croissance soutenue et l’imminence des revenus pétroliers.

Par Bacary DABO

S&P salue « une dynamique de croissance qui surpasse ses pairs ». L’agence note que l’économie ougandaise fait preuve d’une résilience remarquable, avec une croissance moyenne du PIB réel de 5,6 % sur la période 2022-2025, une performance solide par rapport aux autres économies de la région. Pour l’exercice budgétaire 2025, la croissance est estimée à 6,3 %, et les projections pour 2026-2028 tablent sur une moyenne de 6,4 %. Selon le rapport, cette tendance est soutenue par des termes de l’échange favorables, notamment grâce à la hausse des exportations de café et d’or.

S&P souligne que cette performance a contribué à renforcer la position extérieure du pays. Les réserves de change ont atteint un niveau record de 5,4 milliards de dollars en septembre 2025, contre 3,3 milliards en janvier 2025. Cette accumulation, alimentée par les achats de devises de la Banque d’Ouganda (BOU) et par d’importants flux de capitaux, a permis au shilling ougandais de s’apprécier de 5,2 % au cours des dix premiers mois de l’année.

Le pétrole, un tournant décisif pour l’économie

Le principal moteur de l’optimisme de S&P réside dans le démarrage imminent des grands projets pétroliers. La finalisation des projets Tilenga et Kingfisher, ainsi que du pipeline EACOP (East African Crude Oil Pipeline) vers la Tanzanie, est attendue d’ici 12 à 18 mois. Ces développements devraient profondément transformer la structure économique de l’Ouganda.

La production pétrolière pourrait atteindre un pic de 230 000 barils par jour d’ici 2030. Cet afflux de revenus est attendu non seulement pour stimuler la croissance, mais aussi pour alléger les contraintes budgétaires et réduire le déficit du compte courant à moyen terme.

S&P considère que l’impact des futures exportations pétrolières sur les finances publiques et la balance des paiements sera déterminant pour une éventuelle réévaluation à la hausse de la note souveraine.

Le fardeau de la dette et les défis budgétaires persistants

Malgré ces perspectives favorables, S&P souligne que l’Ouganda reste confronté à d’importants défis budgétaires. La crédibilité de la politique fiscale est fragilisée par la multiplication des budgets supplémentaires, qui ont ajouté plus de 2,5 % du PIB aux dépenses en 2025.

Cette pratique entretient des coûts de financement domestique élevés et renforce la dépendance du gouvernement vis-à-vis du marché intérieur.

L’agence note également que la structure de la dette publique a profondément évolué : la part de la dette domestique, plus onéreuse, a atteint 50 % du total en 2025, contre 30 % en 2021. En conséquence, le service de la dette est devenu un fardeau majeur, les paiements d’intérêts absorbant 25 % des recettes publiques. Cette situation réduit les marges de manœuvre pour les investissements productifs et les services sociaux.

Une note positive provient toutefois du retour du financement concessionnel. La Banque mondiale a repris ses prêts en octobre 2025, après une suspension en 2023. Ce retour, combiné à un effort de consolidation budgétaire attendu après les élections de 2026, pourrait alléger la pression sur les finances publiques.

L’analyse de la dette extérieure montre par ailleurs qu’elle reste majoritairement concessionnelle, ce qui en limite le risque. Les principaux créanciers multilatéraux et bilatéraux continuent d’offrir des conditions de prêt plus favorables que les marchés commerciaux.

Risques politiques et institutionnels à l’horizon

Le contexte politique demeure un facteur de risque majeur. Le président Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, fera face à une élection présidentielle en janvier 2026, test crucial pour la stabilité du pays.

S&P relève que l’incertitude persiste autour de sa succession, bien que son fils, Muhoozi Kainerugaba, soit perçu comme successeur potentiel. Des tensions préélectorales ou postélectorales pourraient affecter la confiance des investisseurs et, par ricochet, la notation souveraine.

Sur le plan commercial, le secteur du café, pilier des exportations, se prépare à affronter la nouvelle réglementation de l’Union européenne contre la déforestation. Bien que son entrée en vigueur ait été reportée à 2026, cette mesure pourrait peser sur les exportations vers l’UE, qui représentent 14 % des ventes extérieures de l’Ouganda.

Entre relèvement et stagnation

Au cours des 12 à 18 prochains mois, S&P Global Ratings a clairement défini les facteurs susceptibles d’influencer la note de l’Ouganda.

Un relèvement pourrait intervenir si la croissance économique dépasse les prévisions et si les efforts de consolidation budgétaire permettent de réduire significativement les déficits. Un impact plus rapide et plus fort des exportations pétrolières sur les finances publiques renforcerait également cette perspective.

À l’inverse, un scénario défavorable serait déclenché par un affaiblissement de la croissance, une montée des pressions de refinancement (interne ou externe), ou un choc négatif sur les termes de l’échange. Des tensions politiques accrues liées aux élections pourraient aussi conduire à une révision à la baisse de la perspective.

En définitive, l’Ouganda se trouve à un carrefour. La perspective « positive » attribuée par S&P reflète un potentiel économique tangible, mais sa concrétisation dépendra de la capacité du gouvernement à exploiter les opportunités offertes par le pétrole tout en maintenant une gestion rigoureuse de ses finances publiques et de son environnement politique.