Société minière de Bakwanga : 50 milliards de dollars pour relancer la production du diamant
Par Roger KABENGELE

La Minière de Bakwanga (MIBA), autrefois fleuron de l’économie congolaise, bénéficie d’un plan de relance de 50 millions de dollars, selon une annonce du président de la République Félix Tshisekedi.
Créée en 1961, dans la région du Kasaï en République démocratique du Congo, la Minière de Bakwanga s’apprête à renaître grâce à une injection de fonds à hauteur de 50 millions de dollars. L’annonce a été faite par le président congolais Félix Tshisekedi lors d’une adresse, le 24 décembre 2024, à la population de Mbuji-Mayi, une ville située dans la province du Kasaï-Oriental.
La Minière de Bakwanga a pour mission principale l’exploitation et la commercialisation des diamants, ainsi que le développement économique et social de cette région. Classée parmi les grandes entreprises de la RDC, à son apogée, elle produisait en moyenne 6 à 8 millions de carats de diamants par an, représentant une valeur estimée entre 150 et 300 millions de dollars américains. Dans les années 1970 et 1980, les recettes de la MIBA représentaient jusqu’à 10 % des revenus de l’État.
À l’époque de sa création, sous le règne du président Joseph Kasa-Vubu, premier président de l’histoire du pays (1960-1965), l’ambition de l’État était de s’appuyer sur la société et l’exploitation du diamant pour asseoir la souveraineté économique nationale. C’était également dans un contexte où l’État, après l’indépendance, cherchait à prendre le contrôle des ressources stratégiques du pays, jusque-là sous domination belge.
La chute de la Minière de Bakwanga (MIBA) s’est amorcée dans les années 1990 et s’est intensifiée dans les années 2000, culminant avec une paralysie quasi totale de ses activités à partir de 2008, année où elle a officiellement cessé de fonctionner à pleine capacité. Cependant, la période la plus marquante de son déclin a été entre 2005 et 2008, avec une médiatisation accrue des scandales et des dysfonctionnements internes, marqués par la corruption, des salaires impayés et une exploitation illégale des diamants.
Vers une relance durable ?
La résorption du chômage à travers la création de nouveaux pôles d’emplois constitue un des piliers de la politique intérieure de l’État congolais. « Celle-ci ne se réalisera que par la relance des entreprises, les investissements, la création de nouvelles entreprises », a déclaré le président Félix Tshisekedi lors de son discours à la nation le 31 décembre 2023. Et au nombre des entreprises à remettre à flot figure en bonne place la MIBA.
Toutefois, une question demeure brûlante pour de nombreux observateurs de la vie politique et économique du pays : le montant annoncé par le chef de l’État suffira-t-il à remettre l’entreprise sur pied ? D’après Elie Tshimpanga, économiste spécialiste en gestion des finances, cette somme est considérable, voire suffisante, pour une relance stratégique.
« La somme est déjà suffisante, et même trop. Elle permettra de couvrir les investissements nécessaires à la modernisation des infrastructures, à la reprise des activités minières et à la mise en place de nouvelles stratégies de gestion. Le problème ne réside pas exactement dans le montant proposé », a-t-il déclaré.
Cependant, certains observateurs restent prudents. Ils estiment que des fonds supplémentaires pourraient être requis pour garantir une relance complète, notamment en cas d’imprévus ou de difficultés dans la mise en œuvre du plan.
Pour assurer des revenus durables, Elie Tshimpanga estime « qu’après sa relance, la MIBA ne compte pas uniquement sur ses activités minières. Des stratégies complémentaires sont envisagées, comme l’investissement dans l’agriculture, dans la cimenterie et d’autres secteurs. »
Cette diversification économique permettrait à l’entreprise de réduire sa dépendance aux fluctuations du marché du diamant et de contribuer au développement local, en stimulant des activités génératrices de revenus pour les communautés environnantes.
Par ailleurs, l’économiste propose des stratégies pour la mise en œuvre effective de cette relance, notamment l’adoption de pratiques durables pour réduire les effets de l’exploitation minière sur l’écosystème local et l’instauration de mécanismes de contrôle pour assurer une gestion efficace et lutter contre la corruption.
La relance de la MIBA, si elle est menée avec rigueur et transparence, pourrait marquer le début d’une nouvelle ère pour cette entreprise emblématique et pour la région du Kasaï. En diversifiant ses activités et en renforçant ses collaborations, la MIBA pourrait non seulement redevenir une actrice clé de l’économie congolaise, mais aussi un modèle de développement durable pour le secteur minier africain.