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Sénégal : l’OQSF et l’ASEPAME à l’avant-garde de l’éducation financière numérique

Sénégal : l’OQSF et l’ASEPAME à l’avant-garde de l’éducation financière numérique

Face à la montée en puissance des services financiers numériques, le Sénégal renforce son dispositif d’éducation financière pour mieux protéger les usagers et stimuler l’inclusion financière. L’Observatoire de la Qualité des Services Financiers (OQSF) et l’Association Sénégalaise des Établissements de Paiement et Émetteurs de Monnaie Électronique (ASEPAME) ont tenu, ce mercredi 29 octobre 2025 à Dakar, une rencontre d’échanges consacrée aux défis et perspectives du secteur.

Par Bacary DABO

Un partenariat au service d’une finance numérique inclusive. C’est ce que l’OQSF et l’ASEPAME ont concrétisé à travers un atelier sur l’éducation financière. Cette rencontre marque l’aboutissement du programme pilote d’éducation financière numérique lancé par l’OQSF, en partenariat avec plusieurs associations de consommateurs.

Le Secrétaire exécutif de l’OQSF, Papa Amadou Diagne, a salué à cette occasion la collaboration avec la jeune ASEPAME, qu’il considère comme « un partenaire stratégique dans la diffusion des bonnes pratiques financières auprès des populations ».« Cette campagne vise à promouvoir une culture de l’utilisation responsable et sécurisée des services financiers numériques », a-t-il souligné.

Il rappelle que le Programme national d’éducation financière 2025-2029, lancé en juillet dernier par le ministère des Finances et du Budget, la création de l’ASEPAME, nouvelle plateforme de représentation des établissements de paiement, ainsi que la taxation des transferts d’argent introduite par la loi n°17-2025 du 27 septembre 2025, et la mise en service du système de paiement instantané interopérable (PI-SPI) de l’UEMOA par la BCEAO, constituent des jalons majeurs dans la structuration du paysage financier sénégalais.

Des avancées notables, mais des défis persistants

Malgré les progrès réalisés, de nombreux défis demeurent. Les risques de fraude, d’arnaque, de blanchiment ou de défaillance technique persistent, tandis que la transparence tarifaire et la gestion des réclamations appellent encore des améliorations.

Habib Diallo, financier à l’OQSF, confie que 33 % des utilisateurs de services financiers numériques au Sénégal ont été exposés à un risque de fraude en 2023. Ce qui amène le secrétaire exécutif de l’organe à relever l’urgence de renforcer l’éducation financière pour permettre aux usagers de mieux comprendre et maîtriser les outils numériques à leur disposition. « Il nous faut accompagner les populations pour qu’elles puissent anticiper et atténuer les risques liés à la digitalisation des services financiers », a insisté Papa Amadou Diagne.

Saluant la dynamique régionale portée par l’UEMOA, il a indiqué que l’action de l’OQSF s’inscrit dans une stratégie d’inclusion financière pilotée par la BCEAO, qui multiplie les initiatives pour moderniser les systèmes de paiement et renforcer la confiance des usagers.

Le programme pilote de l’OQSF, mené dans les régions de Ziguinchor, Saint-Louis, Thiès et Dakar, a ainsi permis d’évaluer les comportements des utilisateurs et de tester des actions de sensibilisation adaptées aux réalités locales.

« L’éducation et la confiance sont les piliers de la transformation numérique », a rappelé M. Diagne. Pour lui, la réussite de cette transition dépendra avant tout de la qualité de l’éducation financière. « L’OQSF demeure la cheville ouvrière de l’État en matière d’éducation financière. Nous accompagnerons tous les acteurs pour bâtir une culture numérique fondée sur la transparence et la responsabilité », a-t-il affirmé.

Aujourd’hui, le Sénégal compte plus de 12 millions d’utilisateurs de services financiers numériques, et 65 % de la population adulte dispose d’un compte mobile money.

Un levier pour la confiance et la croissance

À l’horizon 2025-2029, la mise en œuvre du Programme national d’éducation financière et du PI-SPI, premier système régional de paiements instantanés interopérables initié par la BCEAO, constitue un pas déterminant vers une finance numérique inclusive et sécurisée.

La rencontre de Dakar illustre ainsi la volonté conjointe des autorités et du secteur privé de faire du numérique un levier de confiance, d’inclusion et de croissance. L’OQSF et l’ASEPAME entendent renforcer la protection des consommateurs et consolider les bases d’une économie digitale responsable, au service du développement national.

La question de la taxation des transferts d’argent, instaurée par l’État, reste cependant au cœur des préoccupations des établissements de paiement, des émetteurs de monnaie électronique et des associations de consommateurs. Un projet dans lequel l’ASEPAME s’est voulue force de proposition pour alimenter la réflexion gouvernementale sur la mobilisation de ressources endogènes. L’association, dirigée par El Hadj Malick Guèye, patron de Wave Sénégal, promet de poursuivre le dialogue à travers des concertations inclusives autour de la révision du Code général des impôts.

De son côté, Ramatoulaye Fall, membre de l’association, se veut rassurante. L’objectif pour l’ASEPAME, dit-elle, est clair, affiché et assumé : « une taxation qui permette de maintenir la croissance du secteur tout en épargnant le coût des transactions des usagers. »

« Nous avions proposé donc l’alternative de la taxation sur les revenus du secteur entre 2026 et 2028 et qui, cumulée avec l’assiette existante, permettrait d’atteindre 530 milliards de recettes fiscales projetées », rappelle-t-elle ensuite.

Pour Mme Fall, cette position reste maintenue comme une option, mais la décision finale appartient aux autorités, « de façon totalement souveraine ».