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Retrait américain du FAD : La BAD face à un trou de 500 millions de dollars

Par Ronie Floride AGAMMA

Siège de la Banque Africaine de Développement (BAD)

En pleine préparation de son assemblée annuelle, prévue pour se tenir le 26 mai prochain à Abidjan, la Banque africaine de développement (BAD) traverse actuellement des moments difficiles. L’administration Trump prévoit de supprimer la contribution américaine au Fonds africain de développement (FAD), le guichet concessionnel de l’institution financière de développement africaine.

Coup dur pour la Banque africaine de développement (BAD). L’instance africaine de financement des projets structurants risque de perdre l’un de ses plus grands donateurs. À travers le Fiscal Year 2026 Discretionary Budget Request, transmis le 2 mai au Congrès américain, Donald Trump prévoit de supprimer la contribution américaine au Fonds africain de développement, le guichet concessionnel de la BAD, au nom d’un « réalignement » de l’aide étrangère sur les priorités de l’agenda America First.

Si cette proposition de la Maison-Blanche est entérinée par les parlementaires américains, elle aura de lourdes conséquences pour le continent africain. Non seulement elle mettrait fin à quatre décennies de collaboration bilatérale entre la BAD et son troisième contributeur, mais elle plongerait également l’institution dans une grave difficulté financière, estimée à plus de 500 millions de dollars. Sauf à trouver très rapidement de nouveaux bailleurs, la banque sera incapable d’honorer ses engagements dans une quarantaine de pays africains.

Étant l’un des principaux leviers de l’action de la BAD en faveur des pays fragiles, le FAD, créé en 1972, est principalement alimenté par des dons destinés aux pays à faible revenu. Grâce à ce guichet, la banque finance à des taux très préférentiels des projets dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’électrification rurale ou de l’adaptation climatique.

D’après les données du Center for Global Development, dans le cadre du FAD-16 qui couvre la période 2023-2025, les États-Unis participent à environ 6 % du financement du cycle en cours, sur les quelque 8,9 milliards de dollars annoncés lors de la reconstitution du fonds fin 2022. Ils occupent la troisième place derrière l’Allemagne (670 millions de dollars) et la France (611 millions de dollars). Leur retrait sera d’un goût amer pour le successeur du président Akinwumi Adesina, même si Washington redéfinit ses priorités en matière de financement du développement.

Si la Maison-Blanche renonce au FAD, elle prévoit en parallèle de verser 3,2 milliards de dollars à l’IDA-21, le guichet équivalent de la Banque mondiale, et de renforcer la Development Finance Corporation (DFC), bras armé des investissements américains à l’étranger. Cette bascule reflète une préférence croissante pour des outils bilatéraux ou orientés vers le secteur privé. Mais cette nouvelle lubie de Donald Trump devrait faire réfléchir les dirigeants africains, les poussant à penser davantage au développement de leur pays sans tendre la main vers l’extérieur.