Régulation des marchés : L’UEMOA promeut la culture de la concurrence en Afrique de l’Ouest

À mesure que les économies ouest-africaines s’intègrent davantage aux marchés régionaux et internationaux, la question de la concurrence devient un enjeu central de la transformation économique. C’est dans ce contexte que s’est ouvert, ce mardi 10 mars à Dakar, un séminaire national de trois jours consacré au droit et à la politique de concurrence visant à renforcer la compréhension et l’application des règles encadrant le fonctionnement des marchés au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Par Bacary DABO
Organisé dans le cadre du Programme d’appui à la concurrence et à la sécurité des produits de consommation (PACoSPro), financé à hauteur de plus de trois milliards de FCFA sur 40 mois par l’Union européenne, l’atelier de Dakar entend sensibiliser les acteurs économiques aux enjeux d’une concurrence saine et équitable.
Dans une économie de marché, la concurrence correspond à la rivalité entre entreprises cherchant à gagner la préférence des consommateurs. Cette dynamique joue un rôle essentiel dans l’amélioration de la qualité des produits, la baisse des prix et la stimulation de l’innovation. Selon le représentant résident de l’UEMOA au Sénégal, la promotion d’une concurrence effective constitue un levier majeur pour renforcer la compétitivité des entreprises régionales et améliorer le bien-être des consommateurs. En incitant les entreprises à accroître leur productivité et à investir davantage, elle contribue également à une allocation plus efficace des ressources économiques.
Dans un contexte marqué par la mondialisation, l’évolution rapide des technologies et l’intensification de l’intégration régionale, garantir un marché ouvert et équitable apparaît désormais comme une nécessité stratégique pour les États membres de l’Union. Le Sénégal, à l’instar des autres pays de l’UEMOA, s’inscrit dans un cadre régional de régulation de la concurrence. Ce dispositif repose sur une coopération étroite entre les autorités nationales et la Commission.
Pour Seydina Abou Bakar Ndiaye, secrétaire général du ministère de l’Industrie et du Commerce, ce séminaire constitue une opportunité de renforcer cette coordination institutionnelle. « Dans les pays où les règles de concurrence sont claires, prévisibles et transparentes, cela permet d’attirer davantage d’investissements étrangers directs », a-t-il expliqué à l’ouverture des travaux.
La politique de concurrence ne se limite donc pas à une question juridique. Elle se situe au cœur des politiques de développement économique et d’amélioration de l’environnement des affaires. Au Sénégal, cette démarche s’inscrit notamment dans l’agenda national de transformation économique Sénégal 2050, qui vise la construction d’une économie plus compétitive et diversifiée.
Croisade contre les pratiques anticoncurrentielles
Malgré les avancées institutionnelles, plusieurs obstacles continuent de freiner le développement d’une concurrence pleinement effective dans la région. Parmi les pratiques anticoncurrentielles figurent notamment les ententes entre entreprises visant à fixer les prix ou à se partager les marchés ; les abus de position dominante, lorsque certains acteurs utilisent leur pouvoir de marché pour évincer leurs concurrents ; ainsi que certaines concentrations économiques susceptibles de réduire la concurrence sur un marché donné.
Ces comportements peuvent entraîner une hausse artificielle des prix, une baisse de la qualité des produits et un ralentissement de l’innovation. D’où la nécessité de renforcer les mécanismes de surveillance et d’application des règles de concurrence afin de garantir un fonctionnement plus transparent des marchés.
Ainsi, l’un des objectifs majeurs du séminaire organisé au Sénégal consiste à élargir la culture de la concurrence au-delà des seuls cercles institutionnels. La mise en œuvre du programme PACoSPro bénéficie du soutien financier de l’Union européenne, à hauteur de plus de 3 milliards de francs CFA (5 millions d’euros). Ce programme vise à renforcer les capacités institutionnelles en matière de concurrence et à promouvoir la protection des consommateurs en Afrique subsaharienne.
Pour les partenaires européens, l’amélioration du cadre concurrentiel constitue un élément clé pour favoriser l’intégration économique régionale et stimuler la compétitivité des entreprises africaines.