RDC : Le FMI relève une situation économique contrastée renforcée par la pression sécuritaire

Au terme d’une mission de deux semaines achevée le 5 novembre 2025, le Fonds monétaire international (FMI) a dressé un bilan en demi-teinte de la situation économique de la République démocratique du Congo (RDC). Si le pays affiche une résilience remarquable, portée par une croissance soutenue et une inflation spectaculairement maîtrisée, le conflit persistant dans l’Est continue de peser lourdement sur les finances publiques et la situation humanitaire. Un accord préliminaire a néanmoins été conclu, ouvrant la voie à un soutien financier continu, conditionné à la poursuite de réformes structurelles ambitieuses.
Par Bacary DABO
La RDC présente une performance macroéconomique inattendue. Le communiqué de fin de mission publié le 5 novembre souligne que le principal motif de satisfaction pour les autorités congolaises et les observateurs internationaux réside dans la solidité des fondamentaux macroéconomiques. Malgré un contexte sécuritaire et social difficile, l’économie congolaise démontre une vigueur surprenante, se félicite l’institution de Bretton Woods. Les projections du FMI tablent sur une croissance du PIB réel supérieure à 5 % en 2025 et 2026, principalement tirée par le dynamisme soutenu du secteur extractif.
Mieux, le pays fait montre d’une maîtrise exceptionnelle de l’inflation. En octobre 2025, lit-on dans le document, l’inflation en glissement annuel est tombée à 2,5 %, un niveau largement inférieur à la cible de 7 % fixée par la Banque centrale du Congo (BCC).
Cette désinflation spectaculaire s’explique en grande partie par l’appréciation du franc congolais, conséquence directe des mesures prudentielles correctives appliquées par la BCC sur les réserves obligatoires des banques commerciales sur les dépôts en devises.
En réaction à cette évolution, poursuit la même source, la BCC a abaissé son taux directeur de 25 % à 17,5 % début octobre, un signal fort destiné à stimuler l’activité économique.
Le poids du conflit : le talon d’Achille budgétaire
Le FMI estime toutefois que cette embellie macroéconomique ne doit pas occulter les défis structurels et sécuritaires qui freinent le développement du pays. Le conflit armé dans l’Est continue d’exercer une pression considérable sur le budget de l’État. Le rapport du FMI fait état de dépassements persistants sur les dépenses exceptionnelles de sécurité jusqu’au troisième trimestre 2025.
« Le conflit armé dans la partie Est de la RDC continue d’exercer des pressions importantes sur les finances publiques… Une poursuite de la prudence budgétaire sera essentielle pour créer l’espace nécessaire pour les dépenses prioritaires, dont celles liées à l’épidémie de la maladie à virus Ebola dans la région du Kasaï », lit-on dans la déclaration de la mission du FMI.
Pour contenir le déficit, le gouvernement a dû procéder à des arbitrages budgétaires difficiles. Selon le FMI, ces pressions financières ont été partiellement compensées par des économies sur le train de vie de l’État et une repriorisation des dépenses d’investissement. Ces efforts, conjugués à une bonne mobilisation des recettes, ont permis de maintenir le déficit budgétaire dans les limites fixées par le programme avec le FMI.
Mais la mission s’inquiète de ce que la situation demeure précaire, limitant la capacité de l’État à investir dans les secteurs sociaux et productifs essentiels.
Nécessaires réformes structurelles et discipline fiscale
L’accord préliminaire conclu avec le FMI repose sur un engagement ferme du gouvernement congolais à poursuivre un agenda de réformes ambitieuses. Pour garantir la viabilité budgétaire, le projet de loi de finances 2026 s’articulera autour de deux priorités : la rationalisation des dépenses publiques et l’accroissement des recettes fiscales.
Sur le plan des recettes, plusieurs mesures phares sont annoncées. Entre autres, il y a le déploiement du système de facturation normalisée de la TVA, afin d’améliorer la collecte et de réduire la fraude, la suppression progressive des subventions aux carburants dans le secteur minier et le non-renouvellement des exonérations de TVA et de droits de douane sur les importations de produits alimentaires de base, rendu possible par la baisse de l’inflation.
En parallèle, la modernisation de la gestion des finances publiques (GFP) progresse, notamment avec l’opérationnalisation de la Direction générale du Trésor et la mise en place graduelle du Compte unique du Trésor (CUT).
Cependant, le FMI déplore que le recours aux procédures de dépenses d’urgence reste trop fréquent, contournant la chaîne normale d’exécution budgétaire. Le Fonds encourage donc une accélération des efforts en matière de gouvernance et de transparence, en particulier dans le secteur extractif, afin de renforcer la lutte contre la corruption et améliorer le climat des affaires.