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Notation financière : L’APRM plaide pour la souveraineté financière africaine

Marie-Antoinette Rose Quatre, directrice générale du Mécanisme Africain d'Evaluation par les Pairs (MAEP, ou APRM en anglais)

La décision de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) de mettre fin à sa relation contractuelle avec l’agence de notation Fitch Ratings continue de susciter des réactions au sein des cercles financiers internationaux. Dans une déclaration officielle datée du 26 janvier, le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (APRM en anglais) a apporté un soutien appuyé à cette décision, qu’il qualifie de fondée et stratégique au regard des enjeux de crédibilité et d’équité dans l’évaluation des institutions financières africaines.

Par Bacary DABO

Contrairement à certaines interprétations, l’APRM précise que cette rupture ne constitue ni une réaction émotionnelle au déclassement opéré par Fitch en juin 2025, ni une anticipation négative des notations futures. À titre de comparaison, Moody’s Ratings avait procédé à une action similaire à la même période, tout en maintenant Afreximbank dans la catégorie « investment grade ». Les notations globales de la banque demeurent ainsi comparables et cohérentes entre les principales agences.

Au cœur du différend figure la qualité de l’analyse de notation. Selon l’APRM, Afreximbank reproche à Fitch une lecture insuffisamment contextualisée de son accord constitutif, de sa mission panafricaine et de son mandat spécifique. L’institution estime que certaines hypothèses avancées relèvent davantage de conjectures ou de biais interprétatifs que d’une analyse factuelle étayée par un dialogue approfondi avec l’émetteur.

« Lorsqu’une notation s’éloigne d’une analyse fondée sur des données vérifiées et un dialogue avec l’institution notée, elle perd sa vocation première d’information fiable des investisseurs », souligne l’APRM. Dans ce contexte, la banque était pleinement légitime à mettre un terme à la relation contractuelle, toute notation future de Fitch devenant dès lors non sollicitée et potentiellement trompeuse pour les marchés.

Un appel à repenser la notation de l’Afrique

Au-delà du cas Afreximbank, l’APRM interpelle l’ensemble des agences internationales de notation sur les méthodologies appliquées aux institutions africaines. L’organisation plaide pour un recours accru à des informations officielles, validées et obtenues directement auprès des émetteurs, plutôt qu’à des narratifs secondaires souvent déconnectés des réalités locales.

L’APRM invite également à une révision critique des critères, hypothèses et cadres analytiques, en particulier lorsque les évaluations sont menées par des analystes basés hors du continent. Une approche plus objective, plus transparente et davantage sensible au contexte africain est jugée indispensable au développement des marchés financiers africains et à l’intégration équitable des institutions du continent dans le système financier mondial.

Vers une affirmation de la souveraineté financière

Cette prise de position s’inscrit dans une dynamique plus large de reconquête de la souveraineté financière africaine. En soutenant Afreximbank, l’APRM réaffirme son engagement en faveur de notations plus justes, équilibrées et crédibles, en cohérence avec son mandat de promotion de la bonne gouvernance, de la transparence et du développement durable en Afrique.

À terme, cet épisode pourrait accélérer la réflexion sur la création ou le renforcement de mécanismes africains d’évaluation du risque, mieux à même de refléter les spécificités économiques, institutionnelles et stratégiques du continent.