L’Afrique peut convertir ses fragilités économiques en leviers de croissance, selon la CNUCED
✍️Par Kevin da SILVA

Le rapport 2024 sur le développement économique de l’Afrique, rendu public le 9 février 2025 par la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), affirme que l’Afrique peut convertir ses fragilités économiques en leviers de croissance grâce au commerce, aux investissements et à une intégration régionale renforcée.
Présenté par Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la CNUCED, et Souleymane Diarrassouba, ministre ivoirien du Commerce, de l’Industrie et de la Promotion des PME, le Rapport 2024 sur le développement économique en Afrique met l’accent sur les réformes politiques et les investissements stratégiques nécessaires pour renforcer la résilience du continent face aux chocs mondiaux.
La possibilité, pour le continent africain, de transformer ses vulnérabilités en opportunités économiques ne devrait pas être mise de côté. C’est du moins ce que pense l’ONU. En témoignent les propos de la secrétaire générale Rebeca Grynspan lorsqu’elle déclare : « L’Afrique est confrontée à des défis majeurs, qu’il s’agisse de la volatilité des marchés mondiaux, du poids de la dette ou des déficits infrastructurels », avant d’ajouter : « Mais ces défis représentent aussi une opportunité unique de remodeler l’avenir économique du continent. Grâce à des réformes audacieuses, des investissements ciblés et la pleine mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), l’Afrique peut émerger plus forte, plus résiliente et plus compétitive. »

Le rapport souligne que la dépendance excessive de l’Afrique aux exportations de matières premières, les coûts élevés du commerce et les lacunes infrastructurelles la rendent particulièrement vulnérable aux chocs externes. Pour y remédier, plusieurs axes d’action sont identifiés. Près de la moitié des pays africains dépendent du pétrole, du gaz ou des minéraux pour plus de 60 % de leurs recettes d’exportation, les exposant aux fluctuations des prix mondiaux. Le rapport préconise une diversification des exportations et une augmentation du commerce intra-africain pour stabiliser les flux de revenus.
Par ailleurs, les déficits en infrastructures de transport, d’énergie et de technologies de l’information et de la communication (TIC) rendent le commerce 50 % plus cher que la moyenne mondiale, pénalisant notamment les pays enclavés. Investir dans la logistique et la connectivité numérique apparaît donc comme une priorité pour stimuler la compétitivité.

Les petites et moyennes entreprises (PME), qui génèrent 80 % des emplois sur le continent, font face à des obstacles majeurs : infrastructures défaillantes, volatilité des devises et accès limité à des financements abordables. Le rapport propose, à cet effet, d’élargir l’accès au crédit, de développer des outils de gestion des risques et de renforcer les chaînes d’approvisionnement régionales pour soutenir ces entreprises. Le commerce entre pays africains ne représente aujourd’hui que 16 % des exportations totales du continent, une proportion faible comparée aux échanges avec le reste du monde. Pourtant, la pleine mise en œuvre de la ZLECAf pourrait créer un marché de 3 400 milliards de dollars. Pour y parvenir, le rapport insiste sur la nécessité d’investir dans les infrastructures de transport, d’énergie et de TIC, de simplifier les procédures douanières et de soutenir l’industrialisation via des incitations fiscales et des prêts à taux préférentiels.

Le rapport propose plusieurs stratégies pour transformer les vulnérabilités en opportunités. Il met d’abord l’accent sur les incitations à l’industrialisation, en recommandant des allégements fiscaux, des réductions des coûts d’investissement et des prêts à taux avantageux pour les entreprises qui s’engagent dans la production manufacturière et les marchés régionaux. Ensuite, il insiste sur la nécessité d’une meilleure gestion des risques à travers la création de fonds régionaux et de systèmes d’alerte précoce permettant d’anticiper les risques commerciaux. Cette approche s’accompagne d’une mutualisation des ressources publiques et privées afin d’optimiser la planification d’urgence. Enfin, le rapport préconise la mise en place de mécanismes de financement du commerce pour soutenir les entreprises affectées par les chocs mondiaux. Cette mesure leur permettrait de réorienter leurs activités vers les marchés régionaux et de préserver les emplois.

Selon la CNUCED, avec des politiques adaptées, l’Afrique peut réduire sa dépendance aux marchés extérieurs et stimuler une croissance inclusive. La clé réside dans la transformation des vulnérabilités en opportunités durables, grâce à des réformes audacieuses, une collaboration régionale accrue et des investissements stratégiques. Le continent a les moyens de bâtir un avenir économique plus stable et prospère, à condition de saisir ces leviers dès aujourd’hui.