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Kenya : Nairobi refinance sa dette obligataire pour desserrer la pression sur les échéances

Vue aérienne de Nairobi, capitale du Kenya

Le Kenya poursuit sa stratégie de gestion active de la dette en revenant sur les marchés internationaux. Le gouvernement a lancé, le 18 février, une nouvelle opération de rachat d’euro-obligations destinée à lisser son calendrier de remboursement et à réduire les risques de refinancement à moyen terme.

Par Kevin da SILVA

L’opération porte sur le rachat de 500 millions de dollars d’euro-obligations arrivant à échéance en 2028 et en 2032. Elle est financée par l’émission d’un nouvel eurobond à maturité plus longue, dont la finalisation est attendue le 25 février.

Dans le détail, Nairobi prévoit de racheter jusqu’à 350 millions de dollars d’obligations à 8 % arrivant à échéance en 2032 et 150 millions de dollars de titres à 7,25 % arrivant à échéance en 2028, selon un avis publié à la Bourse de Londres. Les investisseurs peuvent céder leurs titres de 2032 à 1 055 dollars pour chaque tranche de 1 000 dollars de valeur nominale, tandis que ceux arrivant à échéance en 2028 sont rachetés à 1 035 dollars, intérêts courus en sus.

Le refinancement s’accompagne de l’émission d’un nouvel eurobond structuré en deux tranches, avec des maturités moyennes pondérées d’environ sept et douze ans. L’objectif est clair : allonger la maturité moyenne de la dette afin d’éviter des pics de remboursement susceptibles de fragiliser les finances publiques et la liquidité extérieure du pays. Le ministre des Finances, John Mbadi, avait annoncé dès le 11 février la volonté du Trésor d’émettre un nouvel eurobond pour améliorer le profil global de remboursement des obligations libellées en dollars.

Une dette proche de 70 % du PIB

La pression budgétaire demeure élevée. La dette publique kényane avoisine désormais 70 % du PIB, un niveau qui réduit les marges de manœuvre budgétaires. À fin juin 2025, l’encours de la dette atteignait 11 810 milliards de shillings kényans, soit environ 91,55 milliards de dollars, contre 10 580 milliards un an plus tôt. Cette progression de 11,7 % sur l’exercice 2024/2025 illustre l’ampleur des besoins de financement d’une économie en forte croissance mais confrontée à un renchérissement du coût de l’endettement sur les marchés internationaux.

Au-delà du refinancement obligataire, Nairobi explore plusieurs instruments pour contenir les risques liés à l’endettement. Les autorités privilégient un recours accru aux financements concessionnels, des opérations de swap de devises et la restructuration de certains engagements bilatéraux. Trois prêts chinois contractés pour un projet ferroviaire ont ainsi été convertis du dollar vers le yuan, une opération qui devrait générer environ 215 millions de dollars d’économies annuelles grâce à des taux plus faibles et à des échéances allongées.

Des marchés encore réceptifs, mais sous surveillance

Le Kenya continue de bénéficier d’un accès relativement favorable aux marchés internationaux, ses obligations offrant des rendements attractifs pour les investisseurs. Cette capacité à refinancer sa dette constitue un atout pour éviter une crise de liquidité, mais elle s’accompagne d’une vigilance accrue quant à la trajectoire d’endettement.

Les autorités ont également engagé, en septembre 2025, des discussions avec le Fonds monétaire international en vue d’un nouveau programme, après l’expiration du précédent en avril de la même année. Un éventuel accord pourrait renforcer la crédibilité budgétaire du pays et soutenir sa stratégie de gestion de la dette.

Un exercice d’équilibriste financier

En multipliant les opérations de refinancement, Nairobi cherche moins à réduire immédiatement son stock de dette qu’à en réorganiser la structure afin de la rendre soutenable dans le temps. Cette approche, désormais fréquente parmi les économies africaines présentes sur les marchés obligataires internationaux, vise à sécuriser la capacité de remboursement tout en poursuivant le financement des investissements publics.

Le succès de cette stratégie dépendra toutefois de deux variables clés : le maintien de la confiance des investisseurs et la capacité du Kenya à maîtriser son déficit budgétaire dans un environnement financier mondial plus exigeant.