Le miroir du développement de l'Afrique !

Guinée : Un sukuk de 500 millions de dollars pour financer Simandou

La Guinée envisage de mobiliser 500 millions de dollars à travers une émission de sukuk souverains afin de financer ses projets structurants. Cette initiative s’inscrit dans la stratégie de transformation économique portée par le programme Simandou 2040, un plan ambitieux visant à repositionner le pays comme un acteur industriel majeur en Afrique.

Par Kevin da SILVA

Projet Simandou en Guinée

Le recours aux obligations islamiques intervient dans un contexte de recherche de solutions de financement alternatives. Le ministère de l’Économie, des Finances et du Budget a indiqué qu’une première rencontre exploratoire avait été organisée avec le cabinet d’intermédiation financière NOMAD AFIIP. L’objectif est de mettre en place un cadre juridique et institutionnel capable d’attirer des investisseurs internationaux, notamment dans les secteurs des infrastructures, de l’énergie et des transports.

Cette approche vise à renforcer la participation du secteur privé au financement des grands projets. La Guinée bénéficie d’une notation souveraine de B+ avec perspective positive, un facteur susceptible de soutenir l’intérêt des investisseurs pour ce type d’instrument financier.

Selon la ministre de l’Économie, Mariama Ciré Sylla, cette opération s’inscrit dans un contexte de regain d’intérêt des bailleurs de fonds et des investisseurs privés pour le potentiel économique du pays. L’émission de sukuk devrait permettre de diversifier les sources de financement et d’améliorer la visibilité de la Guinée sur les marchés financiers internationaux, en particulier auprès des investisseurs spécialisés dans la finance islamique.

Un programme à plus de 200 milliards de dollars

Cette initiative intervient dans la foulée de l’adoption du programme Simandou 2040, désormais cadre de référence de la politique économique guinéenne. Ce plan repose sur l’exploitation du gisement de fer de Simandou, considéré comme l’un des plus importants au monde.

Le programme prévoit la mise en œuvre de 36 réformes et le lancement de 122 mégaprojets, pour un investissement global estimé à plus de 200 milliards de dollars. Il s’articule autour de trois phases.

La première phase, qui s’étend jusqu’en 2030, mobilisera plus de 65 milliards de dollars, principalement dans les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, l’éducation et le tourisme. La deuxième phase, entre 2030 et 2035, visera la diversification économique et le développement des industries de transformation locale. Enfin, une phase de consolidation permettra d’intégrer davantage l’économie guinéenne aux marchés régionaux et internationaux.

L’économie guinéenne affiche une croissance soutenue ces dernières années, tirée principalement par le secteur minier. Le produit intérieur brut a progressé de 7,1 % en 2023, puis de 5,7 % en 2024.

Selon les projections de la Banque mondiale, la croissance devrait atteindre 6,5 % en 2025 avant de s’accélérer pour avoisiner 10 % en moyenne entre 2026 et 2027, portée par la montée en puissance du projet Simandou.

Le recours aux sukuk marque une étape importante dans la stratégie de financement de la Guinée. En diversifiant ses instruments financiers et en s’ouvrant davantage aux marchés internationaux, le pays cherche à sécuriser les ressources nécessaires à la mise en œuvre de son ambitieux programme de transformation.