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Diaspora africaine : UBA veut transformer les transferts d’argent en moteur d’investissement

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Dans un contexte de forte progression des transferts des migrants vers les pays en développement, attendus à 685 milliards de dollars en 2024 selon la Banque mondiale, United Bank for Africa (UBA) amorce un virage stratégique. Le groupe bancaire entend désormais convertir ces flux financiers en investissements productifs capables de soutenir durablement les économies africaines.

Par Kevin da SILVA

Le groupe nigérian a annoncé, le 16 février 2026, le lancement d’une plateforme bancaire et d’investissement dédiée à la diaspora africaine. L’ambition est de dépasser la logique traditionnelle des envois de fonds pour proposer un dispositif financier complet, orienté vers la constitution de patrimoine et le financement de projets structurants.

Pendant des décennies, la relation financière entre la diaspora et le continent s’est principalement traduite par des transferts destinés à la consommation des ménages. La nouvelle plateforme vise à réorienter ces ressources vers des usages à plus forte valeur ajoutée, notamment l’investissement, l’assurance, la retraite ou encore l’immobilier.

UBA cherche ainsi à transformer des flux souvent fragmentés et informels en capitaux structurés, capables de soutenir l’épargne longue et de renforcer les marchés financiers africains. Cette évolution traduit un changement de paradigme : la diaspora n’est plus seulement un soutien social, mais un acteur économique à part entière.

Les transferts de fonds vers l’Afrique dépassent aujourd’hui les 100 milliards de dollars par an. Pourtant, une part importante de ces ressources alimente la consommation immédiate, avec un impact limité sur l’investissement productif.

À l’échelle mondiale, la Banque mondiale estime que les envois de fonds vers les pays en développement ont atteint 685 milliards de dollars en 2024. Le Nigeria figure parmi les principaux bénéficiaires, avec des flux attendus à 19,8 milliards de dollars, se classant au neuvième rang mondial, tandis que le Maroc occupe la quatorzième place avec environ 12 milliards de dollars.

Ces montants constituent une source stable de devises, mais encore insuffisamment mobilisée pour financer la transformation structurelle des économies africaines.

Une stratégie appuyée par une présence internationale

UBA dispose d’un avantage comparatif significatif grâce à son implantation dans une vingtaine de pays africains et à sa présence dans plusieurs grands centres financiers internationaux, notamment Londres, Paris, New York et Dubaï. Cette configuration lui permet de se rapprocher des communautés de la diaspora tout en facilitant la circulation des capitaux entre différentes juridictions.

La plateforme a été développée en partenariat avec plusieurs entités spécialisées, dont United Capital, Africa Prudential, Heirs Insurance Group et Avon Healthcare Limited, afin de proposer une offre intégrée de solutions financières.

Au-delà de l’innovation bancaire, l’initiative s’inscrit dans un enjeu macroéconomique majeur. Les économies africaines demeurent confrontées à un déficit structurel de financements de long terme pour soutenir les infrastructures, l’industrialisation, l’immobilier ou encore le développement des marchés de capitaux.

Dans ce contexte, l’épargne de la diaspora apparaît comme une ressource stratégique, susceptible de compléter les financements publics et de réduire la dépendance à l’endettement extérieur.

La confiance, clé de voûte du modèle

Le succès de cette démarche reposera toutefois sur plusieurs conditions essentielles. La confiance des investisseurs de la diaspora reste centrale, tout comme la transparence des produits proposés, la solidité de la gouvernance et la stabilité des cadres réglementaires.

Les coûts de transfert, encore élevés sur certains corridors africains, ainsi que la capacité à offrir des rendements attractifs tout en maîtrisant les risques, seront également déterminants.

Avec cette initiative, UBA tente de redéfinir le rôle économique de la diaspora africaine, en la repositionnant comme un levier structuré de financement du développement, au-delà de la simple logique des transferts familiaux.