Dette africaine : 20 milliards de dollars d’intérêts à payer en 2025, selon la Banque mondiale
Par Dorcas Davier AHOUANGAN

Un rapport de la Banque mondiale, publié le mercredi 23 avril 2025, souligne que les pays africains devront débourser environ 20 milliards de dollars en intérêts sur leur dette extérieure cette année. Bien que le fardeau global de la dette reste élevé, des signes de stabilisation apparaissent grâce aux efforts de rééchelonnement et de gestion de la dette engagés par plusieurs nations africaines.
Selon l’étude intitulée Africa’s Pulse Spring 2025 : améliorer la gouvernance et agir pour les populations en Afrique, la région d’Afrique subsaharienne verra ses paiements d’intérêts représenter en moyenne 3,4 % de son PIB agrégé sur la période 2025-2027. L’évolution de la structure des créanciers a contribué à l’augmentation des coûts de service de la dette, près des trois quarts des intérêts dus en 2025 étant attribués aux détenteurs d’obligations, au gouvernement chinois et aux créanciers privés.
Le service total de la dette publique (intérieure et extérieure) a fortement progressé, passant de 16 % des recettes publiques en 2012 à 39 % en 2019, avant de se stabiliser à environ 50 % en 2024. Toutefois, grâce aux initiatives de restructuration, une baisse progressive du poids de la dette sur les finances publiques est envisageable à partir de 2025. Les gouvernements devront néanmoins renforcer la gestion de leur passif, améliorer leurs soldes budgétaires et mettre en œuvre des réformes favorables à la croissance pour réduire leur vulnérabilité.
Fin 2024, le ratio dette publique/PIB atteignait 63,2 %. L’augmentation du service de la dette extérieure publique est principalement liée à la diversification des créanciers, notamment hors Club de Paris et parmi les investisseurs privés. Les conditions de financement varient fortement selon les prêteurs : le taux d’intérêt moyen sur les obligations souveraines externes est environ six fois supérieur à celui des prêts multilatéraux.
Cette dynamique exerce une forte pression sur les budgets publics. En 2024, dans 20 des 48 pays d’Afrique subsaharienne, les dépenses liées au service de la dette ont excédé celles consacrées à la santé et à l’éducation combinées. Par ailleurs, la Banque mondiale observe que depuis 2016, les remboursements du principal de la dette extérieure progressent plus vite que les nouveaux décaissements, entraînant une forte baisse des flux financiers nets : ceux-ci sont passés de 37,7 milliards de dollars par an entre 2016 et 2019 à 18,4 milliards en 2023.
Alors que les financements chinois et les émissions obligataires se sont taris, devenant même des sorties nettes au début des années 2020, les prêts multilatéraux représentent désormais près de 80 % des flux financiers nets vers la région.
Le rapport rappelle que, malgré les avancées réalisées avec l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) et l’Initiative d’allègement de la dette multilatérale, la dette publique en Afrique subsaharienne a connu une trajectoire ascendante au cours de la dernière décennie, doublant pour atteindre 63,2 % du PIB fin 2024.
Enfin, la montée de la dette intérieure a contribué à cette situation. Selon les données du Cadre de viabilité de la dette de la Banque mondiale et du FMI, le ratio médian dette publique intérieure/PIB est passé de 8,2 % en 2012 à 21,6 % en 2022, avant de refluer légèrement à 19,6 % en 2024.