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Afrique de l’Ouest et du Centre : Vers des politiques publiques guidées par l’évidence

Afrique de l’Ouest et du Centre - vers des politiques publiques guidées par l’évidence

Dakar a accueilli, ce mercredi 8 avril 2026, l’ouverture de la cinquième édition de la table ronde régionale sur l’efficacité des politiques publiques, organisée par le Centre CLEAR Afrique francophone basé au CESAG. L’événement réunit décideurs, experts et partenaires techniques autour d’un enjeu désormais central : « Des données probantes pour l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest et du Centre : preuves locales, impact régional ».

Par Bacary DABO

Organisée par le Centre africain d’études supérieures en gestion (CESAG), cette rencontre s’inscrit dans une dynamique continentale visant à renforcer la culture de l’évaluation des politiques publiques, dans un contexte marqué par des ressources limitées, des crises multiples et une exigence accrue de résultats.

Placée sous le thème des « données probantes pour l’intégration régionale », cette édition met en lumière un constat partagé : « les politiques publiques africaines doivent désormais s’appuyer sur des preuves solides pour gagner en pertinence, en efficacité et en légitimité ».

Pour la professeure Rosaline Dado Worou Houndekon, directrice générale du CESAG, cette exigence dépasse le cadre technique. Elle constitue un levier stratégique pour renforcer la confiance entre citoyens et institutions, en démontrant concrètement l’impact des programmes publics sur les populations. Dans un environnement marqué par des fragilités économiques et institutionnelles, l’évaluation apparaît ainsi comme un instrument clé d’apprentissage, mais aussi comme un outil d’aide à la décision permettant d’orienter les ressources vers les interventions les plus efficaces.

Des données au cœur des choix politiques

Les partenaires techniques et financiers ont également insisté sur la dimension profondément politique de la production de données. Comme l’a souligné Dr Thomas Melonio, directeur exécutif de l’innovation, de la stratégie et de la recherche à l’Agence française de développement, la sélection des politiques à évaluer relève d’arbitrages stratégiques des États. Des exemples concrets, allant de la gestion de la pandémie de COVID-19 à l’évaluation de réformes éducatives ou environnementales, illustrent l’importance de données fiables pour éviter des décisions coûteuses, voire inefficaces.

Au-delà de la production de données, les intervenants ont insisté sur la nécessité de développer des compétences locales capables d’analyser et d’exploiter ces informations, condition indispensable à une véritable appropriation africaine des processus d’évaluation. Au cœur des discussions, la question du renforcement des capacités a occupé une place centrale. Le CESAG, en partenariat avec plusieurs institutions internationales, forme chaque année des milliers de professionnels aux métiers du suivi-évaluation.

Cette dynamique s’inscrit dans une volonté de bâtir une pensée évaluative panafricaine, adaptée aux réalités locales et capable de nourrir les politiques régionales, notamment dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine.

Pour M. Gilles Fagninou, directeur régional de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, investir dans les systèmes d’évaluation revient également à investir dans le capital humain, en particulier les jeunes, qui constituent le moteur des transformations économiques et sociales du continent.

Un enjeu de gouvernance et de confiance

Dans un contexte où la confiance dans les institutions publiques est mise à l’épreuve, les systèmes de suivi et d’évaluation apparaissent comme un levier de gouvernance essentiel.

Dr Jozeph Leonardus Vaessen, manager de la Global Evaluation Initiative (GEI), a ainsi rappelé que des systèmes d’évaluation solides permettent aux gouvernements de mieux allouer les ressources, d’améliorer la transparence et de renforcer leur crédibilité auprès des citoyens et des partenaires.

Les approches régionales sont également perçues comme des catalyseurs d’apprentissage, favorisant le partage d’expériences et la diffusion des bonnes pratiques entre pays.

Vers une feuille de route régionale

Au terme de trois jours d’échanges, les participants ambitionnent d’aboutir à une feuille de route conjointe, assortie de recommandations opérationnelles pour renforcer l’utilisation des données probantes dans les politiques publiques. L’enjeu est de passer d’une logique de production de données à une véritable culture de décision fondée sur les preuves, capable de soutenir une intégration régionale plus inclusive et durable.

Au-delà des débats techniques, cette table ronde traduit une évolution profonde des pratiques de gouvernance en Afrique. Elle marque l’émergence d’un consensus : dans un monde incertain, la qualité des politiques publiques dépend désormais de la qualité des données qui les fondent.