Droits de douane américains : Pretoria riposte par des aides, de la diplomatie et une diversification des marchés

Face à l’entrée en vigueur imminente de droits de douane américains de 30 % sur ses exportations, l’Afrique du Sud déploie un plan d’urgence. Ce dernier comprend un soutien aux entreprises, des mesures sociales, des négociations diplomatiques et une stratégie de diversification vers de nouveaux marchés.
Par Kevin da SILVA
À l’approche du 8 août, date d’entrée en vigueur des nouveaux tarifs douaniers américains, le gouvernement sud-africain a dévoilé un ensemble de mesures destinées à atténuer le choc économique. Ce plan vise à préserver les exportations sud-africaines tout en renforçant la résilience industrielle du pays. Parmi les mesures phares figure la création d’un guichet de soutien à l’exportation, destiné à accompagner les entreprises vers de nouveaux débouchés, notamment en Afrique, en Asie et au Moyen-Orient. Un programme de soutien à la compétitivité, incluant des facilités de trésorerie et des équipements, est également prévu. Le Fonds d’appui à la production locale (LSF) sera mobilisé pour encourager la substitution aux importations.
Le gouvernement a également annoncé une exemption partielle à la loi sur la concurrence, permettant aux exportateurs de mutualiser certains coûts. Sur le plan social, le Fonds d’assurance chômage (UIF) interviendra pour soutenir l’emploi, dans un contexte où 100 000 postes pourraient être menacés, principalement dans le secteur automobile. Ce dernier a vu ses exportations vers les États-Unis chuter de plus de 80 %, selon la South African Reserve Bank.
Pretoria dénonce une décision « unilatérale »
Le gouvernement sud-africain conteste la légitimité des sanctions américaines. Selon Pretoria, elles reposent sur une analyse déséquilibrée de la balance commerciale bilatérale, en négligeant les excédents américains dans le secteur des services. Le président Cyril Ramaphosa a dénoncé une décision unilatérale, d’autant plus injuste que plus de 75 % des produits américains entrent en Afrique du Sud sans droits de douane. Les autorités sud-africaines regrettent également que leur offre d’achat de gaz naturel liquéfié et de promotion des investissements, formulée en mai dernier dans le cadre d’un accord-cadre, soit restée sans suite. Sur le plan géopolitique, cette décision survient dans un climat tendu. Donald Trump a récemment menacé les membres des BRICS favorables à des « politiques antiaméricaines ». Les positions de l’Afrique du Sud sur l’égalité raciale et la procédure contre Israël ont par ailleurs été mal perçues par Washington.
Accélération de la diversification des marchés
Déterminé à réduire sa dépendance aux marchés occidentaux, Pretoria accélère sa stratégie de diversification. Le gouvernement compte s’appuyer sur la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pour dynamiser les échanges intra-africains, tout en consolidant les accords existants avec l’Union européenne et le Japon. De nouveaux marchés agricoles sont également en cours de prospection, notamment en Chine et en Thaïlande, afin de compenser les pertes attendues sur les marchés américains.
Selon les premières estimations, l’impact des nouveaux droits de douane américains pourrait entraîner une perte de 0,2 point de croissance du PIB. Pour limiter cette baisse, trois leviers seront décisifs : la rapidité de mise en œuvre des mesures gouvernementales, l’efficacité des dispositifs de soutien, et la capacité des entreprises à se repositionner à l’international. En 2023, les échanges commerciaux entre l’Afrique du Sud et les États-Unis ont atteint 17,64 milliards de dollars, faisant des États-Unis le deuxième partenaire commercial du pays.