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Tchad : Mieux utiliser les ressources pétrolières pour le désenclavement

➤ Par Déli Sainzoumi Nestor

Le Tchad a accueilli, du 18 au 20 février 2025, le Forum International de Développement des Infrastructures du Tchad (FIDIT) à N’Djaména. Un grand événement majeur placé sous le thème « Infrastructure durable et connectée pour un avenir prospère au Tchad et en Afrique centrale ».

Des projets phares comme le pont reliant le pays au Cameroun ou le corridor Tchad-Libye-Égypte étaient particulièrement au centre des réflexions.

Organisé en partenariat avec le NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique), ce forum a réuni des acteurs clés du secteur, allant des anciens ministres tchadiens à des représentants gouvernementaux étrangers, des investisseurs, des institutions financières et des experts du domaine des infrastructures.

À travers des panels de haut niveau, les participants ont discuté des projets susceptibles d’impulser une nouvelle dynamique au Tchad et en Afrique centrale en matière d’infrastructures.

Le FIDIT a été une véritable plateforme de débats sur des thématiques cruciales, notamment les modèles économiques liés au développement des infrastructures, la gouvernance du secteur et son financement. La question des infrastructures est une priorité pour tout pays en développement. Pour le Tchad, elle représente un pilier fondamental de sa croissance économique. En 2023, la croissance du PIB tchadien a atteint 4,3 %, soutenue par un secteur pétrolier dynamique et des exportations nettes en hausse de 7,4 %. Cette dynamique doit cependant être consolidée par des investissements massifs dans les infrastructures de transport, de communication et d’énergie afin de garantir un développement durable. Pour ce faire, le Premier ministre, Allah Maye Halina, assure que le Tchad a créé un environnement propice à l’investissement grâce à des réformes ambitieuses visant à assainir et moderniser le climat des affaires, ainsi qu’à renforcer la transparence pour garantir la sécurité des capitaux des partenaires au développement. Dans le même esprit, l’ancien ministre tchadien de l’Économie, Issa Doubragne, a souligné que le forum de N’Djaména pourrait servir de tremplin pour mobiliser les ressources nécessaires à la concrétisation de projets d’envergure. Parmi ceux-ci figurent des corridors routiers vitaux pour le pays et la région, comme le corridor Tchad-Libye-Égypte. Selon une source proche du ministère des Infrastructures, le Tchad a lancé dès 1990 des projets ambitieux faisant partie de sa stratégie de modernisation. Le réseau routier du pays est passé de 279 km de routes bitumées en 2000 à 3 000 km en 2024. L’objectif du gouvernement actuel est d’atteindre 7 000 km de routes bitumées. L’ancien ministre des Infrastructures Adoum Younousmi rappelle que « l’architecture consiste simplement à relier la capitale à tous les chefs-lieux des régions, soit par la route, soit par avion. Le désenclavement extérieur était aussi une priorité ». Il ajoute : « L’émergence 2030 est un objectif qui vise également la formation, la construction des écoles, des universités, des hôpitaux et des centres de santé, pour un accès universel aux infrastructures de base ». Ces ambitions étaient réalisables, car, depuis son entrée dans le cercle des producteurs de pétrole, le brut rapportait au Tchad 3 milliards de dollars par an. En effet, l’ancien président Idriss Déby Itno comptait sur ces fonds pétroliers pour financer une politique de grands travaux destinée à moderniser les réseaux routier et ferroviaire, ainsi qu’à créer et rénover les bâtiments administratifs.

Les projets phares pour un avenir meilleur

Le FIDIT a été l’occasion de mettre en avant plusieurs projets qui devraient non seulement transformer le pays, mais aussi stimuler la croissance régionale. Selon les statistiques du ministère des Infrastructures, en 2024, le réseau routier intérieur du Tchad totalisait environ 40 000 km, dont 25 000 km de routes d’intérêt national ou régional et 15 000 km de pistes de desserte d’intérêt local. Le Corridor intégré Tchad-Libye-Égypte, initiative phare de l’agenda, vise à relier le Tchad au marché méditerranéen afin de faciliter les échanges commerciaux entre l’Afrique centrale et le reste du monde. Ce projet s’inscrit dans une vision panafricaine de connectivité fluvio-lacustre dans le bassin du lac Tchad et la création d’une liaison directe avec la République fédérale du Nigeria. Il mettra également en valeur la nappe des grès de Noble pour renforcer la résilience face aux changements climatiques (NUREC). Un autre projet de grande envergure, la Route transsaharienne, reliant le Tchad aux pays voisins du Mali, du Niger et de l’Algérie, a été au centre des discussions du FIDIT. Ce corridor routier pan-saharien vise à libérer le potentiel économique des régions enclavées du Tchad et à ouvrir de nouvelles voies commerciales pour les pays sahariens. Ce projet sera un vecteur de croissance pour toute la région, en facilitant la circulation des biens et des services, tout en renforçant la sécurité alimentaire et énergétique.

Le Pont de l’Amitié Tchad-Cameroun : un projet stratégique

Le Pont de l’Amitié Tchad-Cameroun est un autre projet stratégique qui a attiré l’attention des acteurs présents. Ce projet vise à renforcer les échanges entre le Tchad et son voisin camerounais. Il revêt des enjeux économiques certains pour les deux pays, puisqu’il favorisera le commerce transfrontalier et réduira les distances de transport pour une meilleure circulation des marchandises à moindre coût. En parallèle, le projet de réseau ferroviaire reliant le Tchad au Cameroun, qui démarrera au deuxième semestre 2025, permettra au Cameroun, selon certaines sources, de sécuriser 300 milliards de FCFA de recettes annuelles prenant en compte les échanges avec le Tchad. Long d’environ 675 kilomètres (Yaoundé-Ngaoundéré), ce projet s’étendra sur 878 kilomètres pour atteindre N’Djaména, en traversant les localités de Moundou, Kélo et Bongor, au sud du Tchad. La réalisation de ce projet, qui a fait l’objet de débats au FIDIT, nécessite une enveloppe budgétaire de 5,596 millions d’euros, soit un peu plus de 3 600 milliards de FCFA. À ce jour, la Banque mondiale entend contribuer à hauteur de 275,9 millions d’euros, soit 180 milliards de FCFA. Le Tchad et le Cameroun ont également obtenu de la Banque africaine de développement un prêt de plus de 1,2 milliard de FCFA pour l’étude de faisabilité. Impact économique et perspectives pour l’Afrique L’impact de ces projets sur le Tchad et l’Afrique centrale ne se limite pas aux seules améliorations logistiques. Ils représentent un levier pour une croissance inclusive et durable. Selon Rasit Pertev, représentant résident du groupe de la Banque mondiale au forum, « les infrastructures sont le socle sur lequel les nations bâtissent leur avenir. Le Tchad a fait des progrès remarquables. Toutefois, l’investissement doit être durable, inclusif et tourné vers l’avenir ». Le Tchad, qui se positionne comme un carrefour stratégique en Afrique centrale, bénéficie déjà d’une solide croissance économique, avec des prévisions de 5,2 % pour 2024 et 5,3 % pour 2025. Cette croissance est soutenue par l’exploitation des ressources pétrolières et une gestion budgétaire rigoureuse, qui a permis au solde budgétaire de rester excédentaire depuis 2022. L’enclavement du Tchad, aggravé par des coûts de transport exorbitants sur les principaux axes régionaux reliant le pays à la mer, est l’un des plus grands obstacles au développement de son économie. Le port le plus proche, Douala (Cameroun), est situé à 1 700 km de N’Djaména. Le Tchad dispose également d’autres accès à la mer : Lagos à 1 900 km, Cotonou à 2 000 km, Lomé à 2 100 km, Tema à 2 300 km, Pointe-Noire à 2 700 km, Port-Soudan à 3 350 km, les ports libyens à plus de 3 500 km et Alger à 4 300 km. Les voies de désenclavement extérieur du Tchad sont nombreuses et constituent autant de possibilités d’accès à la mer. Depuis de nombreuses années, N’Djaména exploite la voie camerounaise comme principal corridor d’exportation. En 2009, près de 90 % du tonnage de fret international du Tchad empruntait déjà cet axe. L’oléoduc reliant les champs pétrolifères du bassin de Doba, au sud du Tchad, au port de Kribi au Cameroun (1 070 km de long) a significativement contribué à dynamiser l’économie du pays depuis 2003. En 2023, plusieurs projets de développement et de modernisation du réseau routier ont été lancés, notamment le bitumage de 433 km de routes, la réhabilitation de 228 km de routes en fin de vie, la construction et l’assainissement de 190 km de voiries urbaines à N’Djaména et dans d’autres villes, ainsi que la construction de 10 ouvrages d’art. Pour que le Tchad devienne un modèle de développement durable et connecté en Afrique centrale, il est essentiel que l’État tchadien prenne au sérieux les propositions et recommandations issues du FIDIT. Cela nécessitera une collaboration renforcée entre les acteurs privés et publics, ainsi que des financements extérieurs. En améliorant la connectivité régionale et en développant des infrastructures durables, le pays pourra mieux intégrer ses marchés locaux aux chaînes de valeur mondiales. Les projets discutés lors du forum possèdent donc un potentiel économique considérable, non seulement pour le Tchad, mais aussi pour l’ensemble du continent africain. Les organisateurs espèrent que le FIDIT Tchad deviendra une référence en matière de développement régional.