Finances publiques sénégalaises : Une étude dénonce des failles majeures en redevabilité
Une étude récente menée par l’Institut panafricain pour la citoyenneté, les consommateurs et le développement (CICODEV Afrique), avec le soutien de la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique (ACBF), met en lumière les défis persistants dans la gestion des finances publiques (GFP) au Sénégal.
Par Bacary DABO

En dépit des réformes majeures telles que la LOLF (Loi organique relative aux lois de finances) et le budget-programme. Le document pointe notamment une redevabilité budgétaire limitée, une coordination insuffisante entre les institutions de contrôle et une participation citoyenne encore marginale.
Le dialogue national de haut niveau, ouvert ce jeudi 26 mars 2026 à Dakar par CICODEV Afrique, en partenariat avec le Réseau citoyen pour la transparence budgétaire (RCTB) à travers le Programme d’appui à la société civile (PASC), et avec l’appui de la Fondation pour le renforcement des capacités en Afrique (ACBF) et de l’Union Européenne, a mis en évidence la persistance de contre-performances dans la gestion des finances publiques, malgré les nombreuses réformes engagées au Sénégal.
Intitulée « Défis de la redevabilité et du contrôle dans la gestion des finances publiques », l’étude menée par l’équipe d’Amadou Kanouté, avec l’appui de l’ACBF, dresse un tableau préoccupant de la situation macroéconomique du pays. Le document fait état d’un déficit budgétaire ayant atteint 12,3 % du PIB en 2024, largement au-dessus de la norme communautaire de l’UEMOA fixée à 3 %. Parallèlement, la dette publique brute s’élève à 119 % du PIB, dépassant le seuil de soutenabilité de 70 %.
Selon les auteurs, ces déséquilibres s’expliquent notamment par le poids élevé des dépenses rigides, l’importance des subventions et des tensions de trésorerie, qui réduisent les marges de manœuvre pour les investissements sociaux.
Les constats issus de cette étude, conduite depuis novembre 2025 par CICODEV Afrique, mettent également en évidence des limites dans l’effectivité des réformes engagées. L’institut relève des faiblesses institutionnelles et opérationnelles. Malgré l’existence de plusieurs organes de contrôle, tels que la Cour des comptes, l’Inspection générale des finances (IGF), l’ARCOP ou encore l’OFNAC, le dispositif demeure fragmenté, avec une faible interopérabilité des systèmes d’information.
Les auteurs soulignent que le taux de mise en œuvre des recommandations reste inférieur à 40 %, selon l’IGF. Par ailleurs, les acteurs non étatiques, bien que 30 % des organisations de la société civile utilisent des outils comme le budget citoyen, manquent encore d’expertise, notamment dans les médias en matière de journalisme économique.
Pour CICODEV Afrique, cette étude marque le point de départ d’un processus plus large, notamment à travers ce dialogue de haut niveau de deux jours, qui réunit institutions publiques, organes de contrôle, société civile et médias, dans l’objectif de renforcer la transparence et l’efficacité de la gouvernance financière.
Les recommandations formulées appellent à une meilleure coordination des acteurs ainsi qu’au renforcement des capacités, afin de restaurer la discipline budgétaire.
Ce conclave de deux jours vise notamment à dégager un consensus sur les blocages institutionnels au sein de la chaîne budgétaire et à analyser les implications de nouvelles réformes en matière de transparence et de participation au processus budgétaire.
Les participants entendent également travailler à l’adaptation des mécanismes institutionnels de participation du public au contexte national, en s’inspirant des bonnes pratiques internationales en matière de participation citoyenne.
Enfin, ils envisagent la mise en place d’un dispositif de suivi des recommandations consensuelles issues du dialogue.