Hydrocarbures : La Somalie accélère l’exploration avec l’appui stratégique de la Turquie

La Somalie intensifie sa quête de son premier gisement commercial de pétrole et de gaz. Le pays multiplie les opérations d’exploration, à terre comme en mer, avec l’objectif de transformer un potentiel géologique encore inexploité en levier de développement économique.
Par Kevin da SILVA
Dans ce cadre, la Turquie a dépêché son navire de forage en eaux profondes, le Çağrı Bey, pour conduire une mission d’exploration offshore. L’annonce, faite par le ministère turc de l’Énergie et des Ressources naturelles, marque une étape importante : il s’agit de la première opération de forage en haute mer menée par Ankara en dehors de ses propres zones maritimes.
Le navire a quitté le port de Taşucu, dans la province de Mersin, le 15 février, en présence du ministre turc de l’Énergie, Alparslan Bayraktar, et de responsables somaliens. Cette mobilisation illustre le renforcement rapide du partenariat énergétique entre les deux pays.
Le début du forage est programmé en avril sur le puits Curad-1, situé à environ 370 kilomètres au large de Mogadiscio. Le choix de cette zone repose sur des données sismiques recueillies en amont par le navire de recherche Oruç Reis, dans trois blocs offshore jugés prometteurs. Le trajet vers la zone de forage devrait durer près de 45 jours. Pour des raisons techniques, le bâtiment contournera le canal de Suez. L’opération mobilise environ 180 personnes, avec un dispositif d’escorte assuré par des unités de la marine turque afin de garantir la sécurité et le soutien logistique.
Une coopération énergétique en montée en puissance
Depuis fin 2024, la coopération énergétique entre Ankara et Mogadiscio s’est traduite par une succession d’initiatives destinées à structurer un véritable programme d’exploration pétrolière et gazière. Dès avril 2024, la Turquie avait annoncé son intention de mener des recherches d’hydrocarbures en Somalie. Les premières phases ont consisté en des campagnes de collecte de données géologiques et sismiques en mer afin d’identifier les zones les plus prometteuses.
En octobre 2025, les autorités somaliennes avaient confirmé la préparation d’un premier forage offshore, une étape décisive après plusieurs années sans découverte commerciale à terre. L’objectif est désormais de passer du stade de l’évaluation géologique à celui de la confirmation de ressources exploitables.
La coopération ne se limite pas au domaine maritime. En avril 2025, la Turkish Petroleum Corporation (TPAO) et la Somali Petroleum Authority ont signé un accord d’exploration et de production onshore. Celui-ci prévoit des études sismiques suivies de forages sur trois blocs terrestres couvrant environ 16 000 km².
Cette approche combinée, terrestre et offshore, vise à maximiser les chances de découverte dans un pays encore largement sous-exploré, mais considéré par plusieurs études comme disposant d’un potentiel significatif.
Un enjeu économique majeur pour la Somalie
Ces initiatives s’inscrivent dans un accord intergouvernemental sur les hydrocarbures signé en mars 2024 entre la Turquie et la Somalie, encadrant la participation d’acteurs turcs à la recherche et au développement pétrogazier.
Pour Mogadiscio, l’enjeu est stratégique. La découverte d’un gisement commercial pourrait transformer en profondeur l’économie somalienne, en générant de nouvelles recettes budgétaires, en attirant des investissements étrangers et en finançant des infrastructures essentielles.
La Somalie cherche depuis plusieurs années à franchir ce cap. En 2020, elle avait déjà signé des accords d’exploration avec les majors américaines Shell et ExxonMobil. Plus récemment, en mars 2025, une coopération énergétique avec l’Azerbaïdjan a également été évoquée, signe d’un intérêt international croissant pour son potentiel.
Vers une nouvelle frontière énergétique en Afrique de l’Est ?
En relançant activement l’exploration, la Somalie tente de s’inscrire dans la dynamique énergétique observée dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est. Le succès des forages en cours conditionnera toutefois la crédibilité du pays en tant que nouvelle province pétrogazière.
Au-delà des enjeux techniques, la réussite du projet dépendra de la stabilité du cadre institutionnel, de la capacité à sécuriser les opérations et de la mise en place d’une gouvernance transparente des ressources.
Si les résultats sont concluants, la Somalie pourrait ainsi passer du statut de territoire à fort potentiel à celui d’acteur énergétique émergent, avec des implications économiques majeures pour l’ensemble de la région.