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COP 31 & 32 : À Dakar, l’Afrique muscle sa diplomatie économique et climatique

COP 31 & 32 : À Dakar, l’Afrique muscle sa diplomatie économique et climatique

Dakar a accueilli, du 9 au 13 février 2026, une initiative stratégique pour l’avenir du continent : une formation de haut niveau consacrée à la diplomatie économique et climatique. Cette rencontre s’est tenue à quelques mois de la COP31 prévue à Antalya, et en perspective de la COP32 que l’Éthiopie organisera en 2027.

Par Bacary DABO

Pendant cinq jours, des diplomates et hauts responsables issus de quatorze pays africains ont planché sur la manière de défendre, d’une seule voix, les intérêts économiques et climatiques du continent sur la scène internationale. Cette rencontre stratégique était portée par l’Institut africain de développement économique et de planification (IDEP) et le Centre d’excellence pour le leadership et le management pour le développement de l’Afrique (CELMAD).

Organisée par l’IDEP, institution des Nations unies spécialisée dans le renforcement des capacités en matière de politique économique et de planification, en partenariat avec le CELMAD, la formation s’est inscrite dans une logique claire : professionnaliser et renforcer la posture des négociateurs africains dans les forums mondiaux.

Les délégations provenaient notamment du Sénégal, du Ghana, du Kenya, du Maroc, de la RDC, de l’Afrique du Sud et de la Tanzanie, un échantillon représentatif de la diversité économique et géopolitique du continent.

Pour les organisateurs, l’objectif dépassait la simple transmission de connaissances. Il s’agissait de bâtir un socle commun de compétences et une culture partagée de la négociation stratégique. Loin d’un séminaire académique classique, la formation a privilégié l’immersion. Les participants ont été confrontés à des simulations réalistes de négociations internationales de type COP.

Ils se sont familiarisés avec le modèle de négociation 5×5, la notion de BATNA (meilleure alternative à un accord négocié), la ZOPA (zone d’accord possible), la construction de coalitions régionales et la formulation de positions africaines communes.

Les thématiques abordées reflétaient les priorités stratégiques du continent : financement climatique, pertes et dommages, adaptation et transition énergétique juste. « Ce n’était pas un atelier traditionnel, mais un exercice diplomatique », a confié une participante kényane, soulignant l’intensité des simulations et la pression comparable à celle des véritables négociations multilatérales.

Un paradoxe africain au cœur des discussions

L’Afrique représente une part marginale des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais demeure l’un des continents les plus exposés aux chocs climatiques. Ce déséquilibre structurel constitue un argument central dans les négociations internationales.

Pour la directrice de l’IDEP, Karina Bounemra Ben Soltane, il est impératif de transformer cette vulnérabilité en levier politique. Selon elle, l’enjeu est de passer d’une posture défensive à une diplomatie proactive capable d’influencer les règles du jeu mondial. D’après elle, la formation vise à repositionner les négociateurs africains non plus comme de simples bénéficiaires d’engagements internationaux, mais comme des architectes des compromis globaux.

Parler d’une seule voix pour asseoir les conditions d’influence

Lors de la cérémonie de clôture, tenue le vendredi 13 février, un message a dominé les échanges : l’unité stratégique est la clé du poids diplomatique. Lorsque les positions africaines sont fragmentées, a souligné Fodé Ndiaye du CELMAD, la capacité d’influence du continent s’affaiblit. À l’inverse, a-t-il indiqué, une plateforme commune renforce sa crédibilité face aux grandes puissances et aux blocs régionaux.

Au-delà des outils techniques, la formation a permis de constituer un réseau de pairs appelés à collaborer lors des prochaines négociations internationales. Pour Fodé Ndiaye, ce capital relationnel pourrait s’avérer déterminant dans les arbitrages à venir.

Dakar se positionne ainsi comme le laboratoire d’une nouvelle diplomatie. Pour les organisateurs, le choix de la capitale sénégalaise n’est pas anodin : le Sénégal s’affirme de plus en plus comme un hub régional en matière de gouvernance économique et de diplomatie climatique. Pour les autorités sénégalaises, cette initiative consolide la position du pays en tant que plateforme stratégique de dialogue Sud-Sud et Nord-Sud.

Cette rencontre marque également un cap vers Addis-Abeba. Fort du succès de cette première édition, une deuxième session est déjà programmée en avril 2026 dans la capitale éthiopienne. L’objectif est d’élargir le cercle des diplomates formés et de structurer progressivement un vivier africain de négociateurs aguerris aux enjeux climatiques et économiques.

À l’heure où les discussions sur le financement climatique, la dette verte, les mécanismes de pertes et dommages et la transition énergétique s’intensifient, l’Afrique semble déterminée à ne plus subir les décisions, mais à contribuer activement à leur élaboration.

Plus qu’une formation, cette initiative marque peut-être le début d’une diplomatie africaine plus coordonnée, plus technique et résolument stratégique.