Projet gazier GTA : Le PCN britannique de l’OCDE met BP face à ses responsabilités

L’acceptation par le Point de contact national (PCN) britannique de l’OCDE d’une plainte visant British Petroleum (BP) marque un tournant majeur dans la gouvernance des grands projets énergétiques en Afrique de l’Ouest. Au-delà de sa portée juridique et sociale, cette décision pourrait entraîner des répercussions économiques significatives pour le projet gazier Greater Tortue Ahmeyim (GTA), situé à la frontière maritime entre le Sénégal et la Mauritanie.
Par Bacary DABO
Un signal fort est ainsi adressé aux investisseurs du secteur extractif. Un communiqué indique que la plainte déposée le 9 août 2025 par l’ONG Lumière Synergie pour le Développement (LSD) et l’Association des pêcheurs artisanaux de la Langue de Barbarie « Gaalou Guett » (Saint-Louis du Sénégal) met en cause BP et son partenaire Kosmos Energy pour des manquements présumés aux normes internationales en matière de diligence raisonnable, de droits humains et de gestion des impacts environnementaux et sociaux.
En acceptant d’examiner cette plainte, précise le document, le PCN britannique reconnaît la crédibilité des préoccupations soulevées par les communautés locales, en particulier celles de la région de Saint-Louis, dont l’économie repose largement sur la pêche artisanale.
Pour les analystes, cette décision constitue un avertissement clair à l’endroit des multinationales opérant dans le secteur extractif. Elle rappelle que la performance financière ne peut plus être dissociée du respect des standards ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance).
Des risques économiques et réputationnels pour BP
Sur le plan économique, cette procédure pourrait générer des coûts supplémentaires pour BP, notamment en matière de réparations, de compensations et d’adaptation de ses pratiques opérationnelles. À cela s’ajoutent des risques réputationnels susceptibles d’influencer la perception des investisseurs et des institutions financières internationales, de plus en plus attentives à la conformité des projets aux normes de l’OCDE et aux principes de la finance durable.
Pour les communautés affectées, cette décision ouvre la voie à une reconnaissance formelle des pertes économiques subies, en particulier celles liées à la dégradation des écosystèmes marins et à la baisse des revenus halieutiques.
« Cela fait 18 mois que nous attendions cette décision, et nous sommes confiants que BP va offrir des réparations aux pêcheurs affectés », a déclaré El Hadji Dousse Fall, président de l’association de pêcheurs.
Vers une redéfinition de la rentabilité des projets énergétiques
Au-delà du cas BP, cette affaire pourrait influencer la structuration financière des futurs projets énergétiques dans la sous-région. États, bailleurs de fonds et investisseurs pourraient désormais exiger des études d’impact plus rigoureuses, des mécanismes de consultation plus inclusifs et des garanties renforcées en faveur des communautés locales avant tout engagement financier.
Le communiqué rapporte également les propos d’Aly Marie Sagne, directeur exécutif de LSD, qui estime que « les projets énergétiques ne peuvent plus être imposés aux communautés sans leur consentement libre, préalable et éclairé », rappelant que la viabilité économique à long terme repose désormais sur l’acceptabilité sociale.
Enfin, la décision du PCN britannique s’inscrit dans un contexte de transition énergétique où la rentabilité des hydrocarbures est de plus en plus conditionnée à leur compatibilité avec les objectifs climatiques et sociaux.
Pour le Sénégal et la Mauritanie, le projet GTA demeure stratégique en matière de recettes publiques et de sécurité énergétique. Cette affaire souligne toutefois la nécessité d’un modèle de développement plus équilibré, conciliant exploitation des ressources, protection des écosystèmes et inclusion économique des communautés riveraines.