Le Sénégal relance un Conseil présidentiel de l’investissement rénové, permanent et orienté résultats

Mis en veille depuis 2017, le Conseil présidentiel de l’investissement (CPI) du Sénégal s’apprête à être relancé. Prévu pour devenir pleinement opérationnel à partir de mars 2026, ce cadre de concertation stratégique, destiné à renforcer l’attractivité du climat des affaires, revient sous une forme rénovée afin de parachever les réformes majeures engagées depuis 20 ans.
Par Bacary DABO
Le Sénégal s’achemine vers la relance d’un Conseil présidentiel de l’investissement (CPI) profondément réformé, avec pour objectif de stimuler l’investissement privé. À l’issue d’un atelier tenu le 9 février 2026 à Dakar, le gouvernement a officiellement lancé le processus de refonte de cet instrument, qu’il ambitionne de rendre plus opérationnel, permanent et pleinement aligné sur l’Agenda national de transformation. Cette réforme s’inscrit dans le triptyque stratégique « redressement – impulsion – accélération », présenté en octobre 2024 par les nouvelles autorités.
Le secrétaire général du gouvernement, Boubacar Camara, a rappelé que si le CPI a longtemps joué un rôle central dans l’amélioration du climat des affaires, son fonctionnement s’est progressivement essoufflé. « Le Conseil est parfois devenu une grande messe sans réel impact opérationnel », a-t-il reconnu, pointant notamment l’absence de cadre juridique formel, la lenteur dans la mise en œuvre des décisions et un dialogue public-privé jugé insuffisamment structuré.
La réforme du CPI intervient dans un contexte marqué par l’entrée du Sénégal dans l’ère pétrolière et gazière, une concurrence accrue entre les économies africaines pour l’attraction des capitaux, ainsi que la nécessité de stimuler l’investissement domestique. Pour les autorités, il devient impératif de disposer d’un organe capable de concilier vision stratégique et efficacité opérationnelle.
Selon le directeur général de l’APIX, Bakary Séga Bathily, le CPI rénové devra désormais s’articuler autour de trois piliers : un cadre de dialogue permanent, un mécanisme rigoureux de suivi-évaluation axé sur la performance économique, et une implication renforcée du secteur privé en tant que co-constructeur des réformes.
Le secteur privé en attente de réformes concrètes
Représentant le secteur privé, le président du Conseil national du patronat (CNP), Baidy Agne, a salué la célérité avec laquelle cette concertation a été organisée, y voyant un signal fort de la volonté gouvernementale de renforcer le partenariat public-privé. Il a toutefois insisté sur la nécessité d’une meilleure lisibilité des grandes réformes structurantes, notamment celles du Code général des impôts, du Code des douanes, du Code des investissements et du Code du travail.
Parmi les priorités évoquées figurent également la relance des grands chantiers d’infrastructures, la généralisation de la dématérialisation des procédures administratives, l’amélioration de l’accès au foncier, ainsi que le renforcement des juridictions commerciales et du tribunal du travail. « Le CPI ne doit plus être un simple cadre de discussion, mais une véritable instance d’arbitrage et de décision », a plaidé le président du patronat.
La nouvelle génération d’entrepreneurs entend, pour sa part, jouer un rôle plus actif. Elle aspire à être pleinement associée aux processus décisionnels, comme l’a souligné Mme Salamba Diène, directrice de Biosene, une entreprise spécialisée dans la transformation des céréales locales. « Le secteur privé n’est pas figé. Depuis plusieurs années, il a évolué avec des jeunes, des femmes qui aimeraient co-construire avec les anciens, et faire partie de ces concertations sectorielles », a-t-elle martelé. Une revendication d’autant plus légitime que le Sénégal compte plus de 65 % de jeunes dans sa population.
L’ensemble des réformes issues de ce nouveau dispositif sera intégré au Programme d’amélioration de la compétitivité des territoires et des entreprises (PACTE), destiné à accompagner la Vision Sénégal 2050. Les autorités entendent également tirer parti des enseignements du nouveau classement B-Ready de la Banque mondiale, qui a succédé au Doing Business et évalue l’environnement des affaires à partir des perceptions du secteur privé.
Si le Sénégal affiche des performances encourageantes en matière de création d’entreprises et de services financiers, des marges de progression subsistent, notamment en ce qui concerne la digitalisation, la transparence et le règlement des litiges commerciaux. Plusieurs acteurs du secteur privé ayant pris la parole lors de cette rencontre estiment ainsi que le climat des affaires doit être considéré comme un bien commun.
Un constat semble désormais partagé par les pouvoirs publics et les opérateurs économiques : la compétitivité du Sénégal repose sur un dialogue public-privé permanent, structuré et orienté vers des résultats mesurables.
Au-delà d’une simple réforme institutionnelle, la rénovation du CPI vise à jeter les bases d’un nouveau contrat de confiance entre l’État et le secteur privé, condition essentielle pour stimuler l’investissement, créer des emplois et accélérer la transformation économique du pays.