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UEMOA : La titrisation comme option crédible pour les États

« Titrisation et financement du développement : opportunités, enjeux et perspectives ». Tel était le thème de la première édition du Forum Dakar Business Connect, tenue le 17 janvier à Dakar. L’événement était organisé par Le Marché, magazine économique spécialisé et mensuel de référence des décideurs et des investisseurs. Cette plateforme, qui a réuni des acteurs clés de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), a mis en lumière la titrisation sous toutes ses facettes.

Par Bacary DABO

La titrisation apparaît comme une réponse crédible à l’équation à laquelle sont confrontés les pays africains, en particulier ceux de l’Uemoa : mobiliser des ressources financières à grande échelle tout en assurant une gestion soutenable de la dette publique.

Pour les experts intervenus lors du forum, la titrisation se présente comme un instrument financier innovant permettant de transformer des actifs futurs ou illiquides en titres négociables sur les marchés financiers.

Pour Moustapha Faye, directeur général de KF Titrisation S.A., la titrisation progresse en Afrique grâce à la dynamique observée notamment en Afrique du Sud et au Maroc. Toutefois, dans la zone Umoa, elle demeure encore en deçà de son potentiel.

Depuis 2016, confie-t-il, environ 1 900 milliards de FCFA ont été mobilisés sur le marché financier régional à travers des fonds communs de titrisation de créances et des soucoupes. Au 31 décembre 2025, ajoute-t-il, la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) comptabilisait à sa cote dix fonds communs de titrisation de créances et deux soucoupes, capitalisés respectivement à 120 milliards de FCFA et 45 milliards de FCFA. Ces montants représentent respectivement 3,67 % et 0,39 % de la capitalisation totale du marché obligataire.

Il ressort ainsi que la part de la titrisation demeure marginale, ce qui souligne l’ampleur des efforts à fournir au regard des enjeux. Pour M. Faye, cela signifie avant tout que le marché n’est pas encore mature, même s’il est en phase de construction.

De l’espoir pour la zone Uemoa

Au niveau de l’Uemoa, le recours à la titrisation devient progressivement plus fréquent sur le marché régional. Des opérations ont déjà été réalisées par des institutions régionales, à l’image de la BOAD en 2023, par des banques, comme NSIA Banque Côte d’Ivoire en 2025, ainsi que par d’autres entreprises, notamment Sonatel en 2023.

Au Sénégal, la titrisation commence à s’imposer comme une alternative crédible pour diversifier les sources de financement, soutenir la croissance des entreprises, optimiser les bilans des institutions financières et réduire la pression sur les budgets publics. Les intervenants ont particulièrement salué les opérations de titrisation lancées en 2025 par la SENELEC, pour un montant de 120 milliards de FCFA, et par la Banque Agricole, pour 80 milliards de FCFA.

Le Forum de Dakar, selon Moustapha Faye, s’inscrit dans un contexte où la titrisation n’est plus seulement un instrument financier, mais tend à devenir progressivement une véritable infrastructure de marché.

Pour lui, il ne s’agit ni d’une sophistication financière ni d’un effet de mode, mais bien d’une nécessité économique.

« La titrisation est l’un des rares mécanismes capables de transformer des flux prévisibles, que ça soit des loyers, des créances commerciales, des échéances de crédits bancaires, entre autres, en produits financiers ajustables aux exigences des investisseurs, qu’ils soient des investisseurs locaux ou internationaux », souligne-t-il.

Il invite ainsi les États à sortir des schémas traditionnels afin de mobiliser de nouveaux outils, attirer de nouveaux investisseurs et, le cas échéant, mettre en place de nouvelles structures de marché.

Même son de cloche du côté de l’économiste Babacar Sène, selon qui, pour faire face aux contraintes financières, l’État du Sénégal doit s’orienter vers ce type de solution, notamment en matière de titrisation des infrastructures publiques.

Babacar Thiombane, senior structurer chez IMPAXIS, a pour sa part insisté sur les défis auxquels fait face la titrisation. Selon lui, l’investisseur doit être rassuré, ce qui suppose un discours clair et transparent sur le couple rendement-risque.

À cela s’ajoutent la profondeur encore limitée du marché et la multiplicité des intervenants, qui génèrent des coûts élevés. Sur ce point, M. Thiombane estime qu’il convient d’optimiser les coûts afin que le niveau de revenus revenant à l’investisseur demeure soutenable.

Il y a donc urgence à démocratiser le concept de la titrisation et à mieux faire comprendre son utilité dans le financement du développement, a indiqué Abdou Diaw, initiateur du forum. Selon lui, il est essentiel de mettre en lumière les opportunités offertes aux États, aux entreprises, aux banques et aux investisseurs institutionnels, tout en identifiant les contraintes, les risques et les prérequis nécessaires à un recours efficace et soutenable à la titrisation.