Bénin : Perspective révisée à stable malgré une croissance robuste

La perspective souveraine du Bénin a été révisée de positive à stable par S&P Global Ratings à la suite d’une tentative de coup d’État déjouée début décembre 2025. L’agence de notation salue la robustesse des institutions et la continuité des réformes, tout en appelant à la vigilance face aux fragilités structurelles.
Par Bacary DABO
Début décembre 2025, le Bénin a été confronté à l’un des tests politiques les plus sensibles de son histoire récente, avec une tentative de coup d’État rapidement neutralisée par les forces armées nationales, avec l’appui de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cet épisode, bien que maîtrisé, a conduit S&P Global Ratings à réviser la perspective souveraine du pays de positive à stable, tout en maintenant la note BB-/B. L’agence de notation y voit un choc politique contenu et des institutions solides.
Contrairement à plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest récemment touchés par des coups d’État aboutis, le Bénin a fait preuve d’une résilience institutionnelle notable, estime S&P. Selon l’agence, la condamnation unanime de la tentative de putsch par l’ensemble de la classe politique, le soutien affiché de la population et la loyauté majoritaire des forces armées ont permis un retour rapide à la normale.
L’intervention coordonnée avec la CEDEAO a également démontré l’efficacité des mécanismes régionaux de sécurité collective, dans un contexte marqué par la progression des menaces jihadistes dans le nord du pays.
Des fondamentaux macroéconomiques robustes
Sur le plan économique, S&P relève que les perspectives demeurent favorables. La croissance du produit intérieur brut est attendue autour de 6 % par an sur la période 2025-2028, portée par la poursuite des réformes budgétaires, l’amélioration de la mobilisation des recettes et la dynamique des investissements productifs.
Par ailleurs, la dette nette de l’administration publique devrait reculer sous le seuil de 40 % du PIB d’ici à 2028, un niveau jugé soutenable au regard des standards régionaux.
Parallèlement, poursuit l’agence de notation, le déficit du compte courant devrait se résorber progressivement, soutenu par l’essor de la zone économique spéciale de Glo-Djigbé, devenue l’un des piliers de la stratégie de transformation industrielle du pays.
Pour autant, si la trajectoire économique reste solide, le risque sécuritaire s’impose désormais comme la principale source d’incertitude. « La pression croissante des groupes jihadistes dans le nord du Bénin pourrait entraîner une hausse durable des dépenses militaires et de sécurité, au détriment d’autres priorités budgétaires », s’inquiète-t-elle.
À moyen terme, lit-on dans son communiqué, ces contraintes pourraient peser sur les équilibres des finances publiques et freiner l’attractivité du pays auprès des investisseurs internationaux, en dépit d’un climat des affaires en amélioration.
Continuité politique et réformes structurelles
Pour S&P, la confirmation du calendrier électoral — législatives en janvier 2026 et présidentielle en avril — renforce la visibilité politique à court terme. Le président Patrice Talon, qui ne se représente pas, soutient une transition dans la continuité, incarnée par le ministre des Finances, Romuald Wadagni.
L’agence de notation considère que l’adoption de la stratégie Vision 2060, à une large majorité parlementaire, traduit la volonté de maintenir le cap réformateur au-delà des échéances électorales.
Malgré ces avancées, plusieurs fragilités demeurent aux yeux de S&P. Le faible niveau du PIB par habitant, la concentration de l’activité autour du port de Cotonou et de Glo-Djigbé, ainsi qu’une forte dépendance commerciale vis-à-vis de partenaires comme le Nigeria, exposent l’économie béninoise aux chocs externes. Autant de défis qui, selon l’agence, appellent à une diversification accrue de la base productive et à une montée en gamme des exportations.
En révisant la perspective du Bénin à stable, S&P Global Ratings envoie ainsi un signal nuancé, reconnaissant une gouvernance et une discipline budgétaire solides, tout en rappelant les risques émergents liés à la sécurité régionale.
Pour Cotonou, l’enjeu est désormais de préserver la dynamique des réformes tout en renforçant durablement la sécurité, condition indispensable à la poursuite de la transformation économique du pays.