Sénégal: la société civile veut peser sur la réforme des codes extractifs

Le Sénégal engage une refonte complète de ses codes minier, pétrolier et gazier pour renforcer souveraineté, transparence et équité. L’annonce a été faite lors d’un atelier, le 5 décembre 2025. La société civile se mobilise pour peser sur ce tournant décisif pour la gouvernance des ressources naturelles.
Par Bacary DABO
Le Sénégal s’apprête à adopter de nouveaux textes pour les codes minier, pétrolier et gazier afin d’affirmer sa souveraineté et renforcer la transparence pour une prospérité mieux partagée. Dans ce chantier, la société civile refuse d’être cantonnée à un rôle secondaire et entend peser sur les choix en cours. Une démarche qui rejoint les aspirations affichées par les autorités.
Dr Ousmane Cissé, conseiller technique du ministre du Pétrole et des Énergies, rappelle que la révision des codes n’est pas une simple mise à jour technique, mais « un acte de souveraineté, un choix politique majeur qui engage l’avenir de notre Nation ». L’objectif est de rompre avec un modèle où les ressources sont exploitées sans bénéfice suffisant pour les populations.
Le gouvernement a fixé une ligne directrice claire : défendre l’intérêt du peuple sénégalais. Les futurs codes devront garantir que les ressources du sous-sol, qui « appartiennent d’abord au peuple », soient exploitées avec équité et responsabilité. « Nous voulons des codes qui garantissent la souveraineté nationale sur nos ressources, imposent la transparence totale des contrats et des revenus, et assurent une redistribution équitable au bénéfice des communautés locales », a martelé M. Cissé lors de son discours d’ouverture.
Cette volonté politique se traduit par une série de principes jugés non négociables : protection de l’environnement, justice sociale et égalité de genre doivent devenir des fondations de la nouvelle architecture juridique.
Le oui mais… de la société civile
L’État prévoit de mettre en œuvre les nouveaux textes d’ici la fin 2025. Si la société civile salue une démarche inclusive, elle réclame néanmoins l’accès aux documents fondamentaux du secteur et davantage de temps pour formuler ses contributions. Les organisations membres de la coalition « Publiez Ce Que Vous Payez » (PCQVP), représentées par Fara Diallo, souhaitent s’assurer que les préoccupations des populations soient pleinement prises en compte.
La société civile est aujourd’hui considérée comme un partenaire essentiel à une réforme réellement inclusive. La place qui lui est accordée dans ce processus constitue l’un des éléments les plus marquants du chantier en cours. Des organisations telles que PCQVP, Women In Mining Sénégal (WIM), NRGI et CAJUST sont qualifiées de « partenaires incontournables ».
Le président de l’ITIE Sénégal, Pape Thialy Faye, a salué l’initiative d’organiser l’atelier, estimant qu’il venait « combler une lacune » des premières consultations techniques d’août 2025 qui n’avaient pas suffisamment intégré les voix des communautés locales, des médias et des experts indépendants.
Cette approche inclusive vise à garantir que les futurs codes reflètent les impératifs économiques, mais aussi les « attentes sociales, environnementales et citoyennes ». La société civile veut jouer un rôle de relais pour les territoires, les femmes et les jeunes, afin que la gouvernance des ressources ne laisse personne de côté.
L’enjeu de la transparence et de la responsabilité environnementale
Au-delà de l’équité dans la distribution des richesses, la réforme s’inscrit dans un contexte de plus en plus pressant de transition énergétique. Le président de l’ITIE Sénégal a insisté sur la nécessité d’introduire des obligations réglementaires fortes en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Le futur cadre réglementaire devra renforcer les dispositifs de suivi, de reporting et de vérification (MRV), s’aligner sur les standards internationaux relatifs à la réduction des émissions de méthane et clarifier la responsabilité des opérateurs sur toute la chaîne de valeur.
L’ITIE s’engage à fournir des données fiables pour éclairer les décisions publiques et renforcer la redevabilité sur ces enjeux stratégiques. Transparence, participation et redevabilité, pierres angulaires de l’ITIE, sont ainsi placées au cœur de la réforme.
Cet atelier national dépasse le cadre d’une simple consultation formelle. Les recommandations attendues doivent constituer des « pierres posées dans l’édifice de notre souveraineté et de notre démocratie ». Le gouvernement souhaite recevoir des propositions concrètes et structurées pour enrichir les textes finaux.
En combinant les expertises de l’État, de la société civile et des partenaires techniques, les acteurs impliqués ambitionnent de façonner des codes minier, pétrolier et gazier modernes, justes et protecteurs des intérêts nationaux.
Si le processus aboutit, il pourrait devenir une référence en matière de gouvernance des ressources naturelles en Afrique, en démontrant qu’il est possible de concilier exploitation économique, justice sociale et impératifs environnementaux.