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Sénégal : un investissement de 300 millions de dollars pour transformer le secteur agricole

Sénégal : Un investissement de 300 millions de dollars pour transformer le secteur agricole

Le Sénégal s’apprête à lancer une offensive économique majeure pour garantir sa souveraineté alimentaire. Le Programme d’appui à la souveraineté alimentaire (PASSE), une initiative de près de 300 millions de dollars, se présente comme un catalyseur de transformation pour l’économie rurale du pays. Alors que les études préliminaires ont été présentées le 5 novembre 2025 à Dakar, le lancement officiel, prévu pour début décembre 2025, marquera le départ d’un projet de six ans aux ambitions considérables.

Par Bacary DABO

Doté d’un budget de 300 millions de dollars sur six ans, le PASSE vise douze coopératives agricoles implantées dans dix régions, à raison de 100 hectares par coopérative. Ce programme est présenté comme un levier stratégique et financier international au service de la souveraineté alimentaire du Sénégal.

Pour Matteo Marchisio, représentant résident du FIDA au Sénégal, l’envergure financière du programme en constitue le premier marqueur d’impact. Selon lui, « il ne s’agit pas d’une aide ponctuelle mais d’un investissement structurel à long terme ».

Le financement est porté par un consortium international de premier plan, réunissant le FIDA, le Fonds de l’OPEP pour le développement international, et le Fonds italien pour le climat. Une alliance qui, selon M. Marchisio, témoigne d’une confiance partagée dans la stratégie sénégalaise, tout en mutualisant les risques et en apportant une expertise diversifiée.

La durée de six ans du programme garantit la visibilité et la stabilité nécessaires à des transformations profondes, loin des cycles courts qui limitent souvent l’efficacité des projets de développement.

Une approche intégrée de la chaîne de valeur agricole

L’une des forces économiques majeures du PASSE réside dans son approche holistique de la chaîne de valeur agricole. Le programme ne se contente pas de financer la production : il intègre l’ensemble des maillons qui créent de la valeur, afin de résoudre les goulots d’étranglement qui freinent souvent le développement du secteur.

Sur le plan de la production, l’accent est mis sur une croissance durable et résiliente, incluant la maîtrise de l’eau et le renforcement de la souveraineté semencière. Concernant la post-production et la transformation, le programme soutient activement la valorisation locale des produits agricoles, étape cruciale pour accroître la valeur ajoutée et réduire les pertes post-récolte.

Le volet accès au marché bénéficie également d’une attention particulière : la construction d’infrastructures rurales (pistes, marchés, entrepôts) est explicitement prévue. Sans ces maillons logistiques, toute hausse de la production resterait captive des zones rurales, sans générer de revenus significatifs.

« La bataille de la souveraineté alimentaire ne se gagne pas seulement sur les champs, elle se gagne dans toute la chaîne de valeur, donc dans les roues qui transportent les produits agricoles des champs au marché », a souligné Matteo Marchisio. Cette vision intégrée garantit que chaque dollar investi dans la production est amplifié par des investissements complémentaires en logistique et en transformation, maximisant ainsi le retour sur investissement pour l’économie sénégalaise.

Des retombées à grande échelle

L’impact du PASSE se mesure en millions de vies et en opportunités économiques concrètes. Les chiffres annoncés sont éloquents : plus de 200 000 ménages ruraux seront directement concernés, soit entre 800 000 et 900 000 bénéficiaires directs. Mais l’effet d’entraînement est bien plus large : en comptant les bénéficiaires indirects, ceux profitant des nouvelles infrastructures et de la dynamisation des marchés locaux, le programme prévoit de toucher près de 2,6 millions de personnes.

Le représentant du FIDA cite notamment la construction de 12 Coopératives agricoles communautaires (CAC), une par région ciblée, destinées à devenir de véritables pôles de croissance locaux.

Selon lui, ces CAC ne sont pas de simples infrastructures, mais des incubateurs économiques devant intégrer plus de 1 000 jeunes entrepreneurs, injectant ainsi une dynamique entrepreneuriale et créant des emplois qualifiés en milieu rural.

Un écosystème de partenaires pour sécuriser l’investissement

Le PASSE est piloté par le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, mais sa mise en œuvre repose sur un partenariat public-privé élargi, gage de résilience et d’efficacité économique. Chaque niveau du programme mobilise les compétences adéquates : Acteurs institutionnels et techniques : des entités comme AGEROUTE pour les infrastructures rurales, ou les organisations de producteurs (CNCR, ASPRODEB), apportent expertise et ancrage territorial.

La Banque agricole et plusieurs institutions de microfinance cofinanceront les projets, assureront le fonds de roulement des coopératives et proposeront des services financiers adaptés aux agriculteurs. Par ailleurs, l’implication de l’ACNAS pour l’assurance agricole traduit une volonté de sécuriser les investissements face aux aléas climatiques, un facteur clé pour encourager l’adoption de pratiques innovantes et productives.

Cet écosystème partenarial crée un environnement où l’investissement public de 300 millions de dollars agit comme un levier d’attraction de capitaux privés, tout en sécurisant la chaîne de valeur.

Un pilier de la vision 2050

Selon Mabouba Diagne, ministre de tutelle, le Sénégal affiche une volonté claire de refonder son modèle agricole. Loin d’être une simple initiative sectorielle, poursuit-il, le Projet d’appui à la stratégie de souveraineté alimentaire se positionne comme la pierre angulaire de la Vision 2050 du pays. L’objectif, martelé lors de la présentation officielle, est explicite : « produire davantage, mieux, transformer localement et commercialiser efficacement. »

Pour le ministre, il s’agit d’une rupture stratégique visant à la fois une croissance économique durable et inclusive et une réduction drastique de la pauvreté rurale. D’après M. Diagne, la répartition des fonds illustre la diversité et l’engagement des partenaires techniques et financiers : le FIDA contribue à hauteur de 90 millions d’euros, le Fonds italien pour le climat à 97 millions d’euros, et le Fonds OPEP à 62 millions d’euros. « Cette collaboration internationale est un signal fort de la capacité du Sénégal à mobiliser des ressources d’envergure pour des projets transformateurs », a-t-il martelé.

Il faut rappeler que, pour préparer la mise en œuvre du Projet d’appui à la stratégie de souveraineté alimentaire du Sénégal (PASS), le Fonds international de développement agricole (FIDA), à travers son Programme pays et le programme « Food and Agriculture Resilience Mission, Pillar 3 » (FARM P3), a conduit plusieurs études approfondies détaillant les aspects clés de l’exécution du projet.

Lancé par la France sous la présidence du Conseil de l’Union européenne, FARM P3 vise à renforcer la production alimentaire locale, à promouvoir des produits sûrs et nutritifs, et à construire des marchés résilients, tout en réduisant les pertes et le gaspillage agricoles. Durant sa phase pilote (2023–2026), FARM P3 soutient des initiatives concrètes dans quatre pays, Rwanda, Sénégal, Sierra Leone et Zimbabwe, dans le cadre de projets agricoles et de développement rural existants ou en cours de formulation.

Ces initiatives visent à générer des résultats tangibles grâce à une collaboration étroite avec le secteur privé et les partenaires au développement.